Hypersensible : une proie pour les manipulateurs/trices

J’ai accompagné et j’accompagne de nombreuses personnes qui vivent ce genre de lien. La manipulation sévit dans toutes les sphères de vie : familiales, professionnelles, amicales. Ce qui m’a motivé à écrire cet article, c’est une vidéo de Christel Petitcollin, psychologue (Auteure de « Je pense trop ») que je partage ici (Lien ci-dessous) car elle est, selon moi, précise, limpide et surtout novatrice. J’ai également ajouté des connaissances et des réflexions personnelles.
En fin d’article, je propose les étapes pour sortir d’une relation toxique manipulatoire. (Ceci ne substitue pas à un accompagnement. Vivre une relation toxique manipulatoire est impactant émotionnellement et psychiquement, il est important de suivre une thérapie ou un coaching thérapeutique).

 

La manipulation : un enfermement psychologique

Avant ou après la lecture de l’article ci-dessous, cliquez sur le lien pour voir la vidéo  :
Pourquoi trop penser rend manipulable ? par Christel Petitcollin 
(Vous pouvez revenir à l’article avec la flèche « recul » du navigateur)

Je note deux points développés par Christel Petitcollin qui apportent un éclairage nouveau :

Point 1 : un/une manipulateur/trice est puéril-e, il/elle est un « morveux de cours de récréation ». C’est la première fois que j’entends cette vision-là et c’est selon moi très parlant.

Point 2 : les « victimes » ou ‘manipulé-es » sont des personnes « hyperesthésiques » ou hypersensibles (certains disent sur-efficients). 

Développons ces points.

<> Les personnes dites manipulatrices ont des comportements puérils

J’aime beaucoup l’image du morveux de cours d’école. C’est tellement vrai ! Je comprends que ce soit difficile à comprendre et à accepter car il/elle est un enfant caché dans un corps d’adulte, qui a une maison, un travail, des responsabilités, des enfants etc., mais absolument immature.
Etant spécialiste en émotion, j’ajouterai que la personne manipulatrice s’est développée intellectuellement, cependant émotionnellement et par certain côté psychologiquement, elle n’a pas maturée. Elle a une incapacité à ressentir, gérer ses émotions, à poser des mots dessus, à reconnaître sa tristesse, son inconfort, ses sentiments. Effectivement, elle va alors agir comme un enfant rebelle, colérique, insatiable, égocentrique (= la surpuissance de l’enfant) ou encore comme un enfant victimaire. Il suffit d’observer un enfant et un manipulateur et de constater que les comportements sont souvent identiques.

Eric, 40 ans « Nous dînions chez des amis. Ma femme n’était pas d’accord avec la femme de mon ami. Elle s’est mise en colère, s’est levée, est partie en claquant la porte sans dire au revoir » = un comportement typique d’enfant rebelle colérique.

Armand, 58 ans : « Nous sommes séparés depuis 4 ans et mon ex-conjointe vient chez moi sans prévenir comme si c’était encore chez elle. Je ne me permettrais jamais de faire ça chez elle. » = en effet, un enfant n’a pas le sens des limites personnelles. Même séparée, la conjointe d’Armand croît encore que la maison d’Armand est son territoire.

Notons que l’immaturité de la personne peut avoir lieu dans certaines sphères de vie et pas dans d’autre.
Suzanne, 38 ans « Mon mari occupe une position hiérarchique importante et assume ses responsabilités avec brio, il est apprécié de son personnel. A la maison, il me critique, me contredit, me rabaisse devant nos ami-es, il me fait la tête quand je rentre tard, il a des humeurs changeantes ».
= En conséquence, pour l’entourage, le comportement est déstabilisant et chacun aura une opinion différente voire même contradictoire de la personne, ce qui créé une confusion chez la personne qui vit ou travaille avec.

<> Les caractéristiques du/de la manipulateur/trice

– il/elle porte un masque (gentil/méchant, séducteur) = permet d’abaisser la garde de l’autre et le rallie à sa cause.
– il/elle se victimise, il/elle se plaint =
génère de la pitié, une prise en charge de la part de l’autre (le lien invisible d’otage commence)
– il/elle joue sur la culpabilisation et la honte, ne se remet jamais en cause =
génère un malaise qui fait descendre en flèche l’estime et la confiance en soi, ce qui génère une peur de vivre libre, en autonomie (ça y est l’otage est pieds et points lié-es, elle est en lien de dépendance),
– il/elle intimide, impressionne, change d’humeur rapidement, surprend =
génère de la confusion, demande à l’autre de s’adapter à ce qu’il veut en permanence.
= ça y est la prise d’otage est enclenchée et l’otage n’a rien vu, rien compris et pour cause, c’est très subtilement induit et qui plus est, étalé dans le temps.

 

<> Les personnes sur-efficientes sont des proies pour les manipulateurs/trices

J’ai accompagné et accompagne encore de nombreuses personnes qui vivent des liens toxiques manipulatoires et j’ai remarqué qu’en effet, bien souvent, les proies sont des personnes avec certaines caractéristiques identiques  (Je le rappelle : chaque personne étant unique, chacune aura ses particularités au sein de ces caractéristiques) :
une grande sensibilité émotionnelle, une authenticité sentimentale,
un besoin de comprendre (même ce qui n’a pas besoin d’être compris), d’analyser, de disséquer des situations psychologiques (je dis que le cerveau a besoin de « mouliner »),
un sens éthique, humaniste, une bienveillance naturelle, ne comprenant pas qu’il soit possible de faire du mal pour une cause égocentrique ou de faire du mal pour faire du mal. Le référentiel du manipulé et du manipulateur sont très différents concernant les liens humain, d’où des discussions interminables, sans jamais trouver de compromis.
– une basse estime d’elle-même, un manque de confiance, une insécurité affective et financière, générant des peurs diverses (Peur de vivre seule, de changer de vie, de vivre libre etc.).
un doute omniprésent. Le doute est plutôt un élément constitutif d’une ouverture d’esprit. Se remettre en cause est sain, entre personnes de bonne compagnie. Sauf qu’avec le/la manipulateur/trice, c’est contre productif, voire destructeur. Le/la manipulateur/trice ne doute jamais, est bien incapable de se remettre en cause (et culpabilise l’autre). Ainsi, le/la manipulé-e est face à un mur contre lequel il se cogne et se fait mal.

Le/la manipulé-e n’est pas une personne fragile, ignorante, déprimée au contraire, elle est réfléchie et bienveillante 

<> Pour la personne manipulée le plus difficile est :

  1. de prendre conscience qu’elle vit un lien manipulatoire
    Même si elle est malheureuse, même si elle souffre psychiquement physiquement, il lui est difficile d’admettre que ce lien ne lui apporte que peu de satisfaction. Même en notant tous les désagréments sur une feuille et en constatant la liste sous ses yeux, elle peine à reconnaître les douleurs vécues au quotidien. Les causes sont multiples : difficile de se dire qu’elle a partagé 5, 10, 20 ou 30 ans de vie avec un/une manipulateur/trice (Quel temps perdu alors autant continuer…), difficile de modifier sa vision de la personne et de réaliser qu’elle est insupportable, puéril, instable etc. surtout si le père ou la mère de ses enfants.
  2. de comprendre les enjeux de ce lien « inégal ».
    Je dis que le lien est « inégal » sur le plan de la maturité émotionnelle, psychologique et intellectuelle. Le/la manipulateur/trice a des comportements totalement abscons et incompréhensibles (Effet de surprise, silence, comportements paradoxaux etc.). C’est là tout le point central, le/la manipulé-e va chercher à comprendre les comportements du/de la manipulateur/trice. Elle peut ressasser des heures et des heures dans sa tête, les comportements, les dires de l’autre, les manier dans tous les sens pour tenter de comprendre, les analyser, trouver des réponses cohérentes. Elle peut passer un temps infini à se remettre en cause, à remonter le fil des situations pour comprendre à quel moment elle dit quelque chose qui aurait pu enclencher telle ou telle réaction ou faire dire à l’autre ceci ou cela qui aurait pu alors etc. etc. etc. Interminable… Ce qui est absolument inutile puisque l’autre agit de façon incohérente, illogique.
  3. de comprendre que l’autre agit de façon malveillante et méchante
    Ce serait presque le point le plus difficile à accepter chez le/la manipulé-e. Et c’est là un point CAPITAL. Il lui est inconcevable, même impensable qu’une personne puisse agir avec des intentions malveillantes (que ce soit consciemment ou inconsciemment). Il lui est inconcevable que son/sa conjoint-e, son/sa chef-fe avec qui elle a passé de nombreux jours puissent agir avec méchanceté, malveillance et vilenie. Elle va voir chez le/la manipulateur/trice ses souffrances et les comprendre et vouloir l’aider (= sauveteur-se, compréhension, empathie trop développée). C’est là qu’elle court à sa propre perte.
  4. de faire face à ses propres peurs et sa basse estime d’elle-même
    Ce qui est handicapant car le/la manipulateur/trice joue justement sur les peurs pour la maintenir « en otage ». (Pour généraliser, voici ce que peut penser un-e manipulateur/trice « Tu ne partiras jamais, tu n’es pas capable de vivre seul-e ou sans moi ou sans mon argent » etc.).
  5. de cesser de douter et se remettre en cause (Fais-je juste ? Est-ce que c’est moi qui ai provoqué ça ? etc.) et trouver des espaces d’affirmation de soi, d’assurance avec des décisions fermes, surtout en présence du/de la manipulateur/trice car ce-dernier/cette-dernière peut agir parfois comme l’enfant qui jure la main dans le sac « Non, c’est pas moi qui ai volé les bonbons ».

<> La personne manipulée ne parvient pas à se défaire du lien toxique :

– parce qu’elle a peur (de la solitude, de l’autonomie etc.), parce qu’elle n’en pas conscience ou qu’elle a « peur de se confronter à ses peurs »,
– parce qu’elle veut absolument comprendre les comportements de l’autre, parce qu’elle joue les sauveteur-ses et les psychologues (Son cerveau a besoin de « mouliner »),
– parce qu’elle trouve des excuses à l’autre (« Il/elle est gentil au fond », « Elle n’a pas mauvais fond en réalité »), parce qu’elle peine à concevoir qu’on puisse agir méchamment.
– parce qu’elle se remet trop souvent en cause.

C’est ainsi que le/la manipulé-e peut demeurer des années et des années dans ce lien toxique.
Il lui faudra attendre des situations d’inconfort total, des évènements tragiques
jusqu’à vivre l’insupportable. Est-il nécessaire d’attendre jusque-là ?

A un moment donné, quand j’ai constaté et compris que le lien est toxique, destructeur, contre-productif pour mon épanouissement personnel,
ne suis-je pas alors lâche de continuer ? Bien entendu, ce n’est pas de la lâcheté, car la personne manipulée est sous l’emprise pas seulement de l’autre, mais sous l’emprise de la peur que l’autre a déclenché en elle durant tous les mois, toutes les années ensemble.

Se défaire d’un lien toxique demande le courage de lâcher le fil invisible qui relie à l’autre et de sauter seul-e

<> Comment sortir d’un lien toxique manipulatoire ?

  1. Mettre au jour ses propres peurs et les éteindre car ce sont elles qui maintiennent le lien. Il s’agit d’un travail psychologique personnel qui n’a souvent rien à voir avec le lien toxique.
  2. Faire le deuil de la relation telle qu’elle a été et pas telle qu’elle a été fantasmée. Accepter que durant plusieurs années, j’ai vécu avec une personne immature, inconstante. Ce qui n’est pas aisé car c’est une telle déception pour soi, pour ce que j’aurais voulu construire. De nombreuses pensées bloquent la libération : « J’ai perdu du temps. », « Je suis idiot-e d’être resté-e si longtemps. » « Pourquoi je n’ai pas compris avant ? »etc. Chacun-e va trouver ses propres réponses pour parvenir à l’acceptation. Le mieux est d’accepter la réalité telle qu’elle est.
  3. Changer de paradigmes intellectuels et de vision du lien et du/de la manipulateur/trice. Pour une sortie efficace, je préconise de se forcer à faire un changement NET et CATÉGORIQUE, sinon le cerveau va toujours essayer de comprendre (« Oui mais … » « Pourquoi ? » …).
    Il s’agit de prendre conscience que :
    – oui, l’autre agit méchamment, (peu importe que ce soit conscient ou inconscient), oui l’autre agit uniquement pour son compte personnel,
    – l’autre a des comportements enfantins, puérils. Il faut alors agir en adulte affirmé et responsable, cela a pour conséquence de déstabiliser l’enfant intérieur du/de la manipulateur/trice.
    – comprendre est vain et énergivore (et peut-être une façon d’éviter de se centrer sur soi ?),
    – ne pas changer sa vision de l’autre est une façon de ne pas vouloir voir la réalité. Qu’est-ce que je ne veux pas voir en moi ?

Se défaire d’une relation toxique manipulatoire peut prendre du temps, beaucoup d’énergie et de courage,
ce chemin a un prix : celui de SA LIBERTE.

Ne restez pas seul-e lorsque vous vivez une relation toxique et destructrice. C’est très difficile de sortir indemne de cet enchaînement. Il existe de nombreux spécialistes dans le domaine aujourd’hui. (Attention de ne pas tomber sur un manipulateur).

J’ai accompagné de nombreuses personnes vers le chemin de leur liberté ou en voie de liberté, n’hésitez pas à me contacter : bienvenue(a)ecoledusoi.com

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Par |2018-07-18T07:25:21+00:00mai 27th, 2018|Blog|1 Comment

Un commentaire

  1. Jaouadi Lilia 15 juillet 2018 à 14 h 39 min

    Tout d’abord merci. Ma très chère âme a beaucoup souffert, ainsi que mon enfant intérieur. J’ai rencontré une série de manipulateurs et manipulatrices, jusqu’au jour où j’ai accepté mes blessures narcissiques, rejet, abandon, humiliation, injustice et trahison. Enfant, hyper adaptable, pas le droit d’exister, d’etre, d’avoir sa place. J’ai porté plusieurs masques dépendante affective, fuyante, rigide, perfectionniste…..victime. À 25 ans, j’ai trouvé un psy qui me suit encore aujourd’hui une fois par semaine, je vais avoir bientôt 40 ans. Je vis seule avec mes chiennes. Jamais mariée, pas d’enfants. Je prépare un diplôme de travailleuse sociale. Se connaître c’est reconnaître ses blessures pour pouvoir les guérir et enfin les sublimer.

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