« Mes angoisses m’empêchent de vivre normalement, je n’arrive pas à me calmer, j’ai besoin qu’une personne soit toujours vers moi » me raconte Eloïse. Elle est loin d’être la seule à vivre ses émotions et sentiments comme des freins à son épanouissement.

Tempête émotionnelle intérieure

A l’origine, souvent, l’émotif-ve a des ressentis intérieurs intenses au regard de son environnement familial, social qui jugera ses réactions comme des « débordements ». (Voir article Hypersensibles : et si vous étiez normaux ?).
De nombreux facteurs freinent l’expression de soi : les non-dits, les pactes du silence en famille, l’impossibilité à exprimer ses souffrances au risque de ne pas être entendu.e, reçu.e, et même critiqué.e « On ne peut rien te dire, tu te vexes tout de suite ! ».
Le sensible tente alors de réfréner ou refouler ses ressentis et donc son vrai moi. Les conséquences peuvent être douloureuses et tragiques car éprouver des sentiments et des émotions (un état tout à fait naturel) deviendra une source de culpabilité et de honte.

La non-écoute est une des plus grandes causes au refoulement émotionnel.
D’autant plus, qu’elle est sournoise car elle ne se perçoit pas.

Les désordres émotionnels et leurs conséquences

Une situation de choix, un conflit, un évènement douloureux, un entretien etc. et s’en suit une tempête de sensations intérieures physiques et une agitation mentale ingérable. Elle est parfois visible aux yeux des autres, ajoutant au désarroi un sentiment mortifère de honte et d’une question coupable immédiate « Mais qu’ai-je fait ? ».

Là plusieurs réactions possible :

la sidération : l’esprit et le corps sont anesthésiés et le cerveau fonctionne en mémoire « automatique » incapable de prendre des décisions rationnelles. C’est le brouillard. La tétanisation s’accompagne d’une baisse d’estime de soi en se voyant réagir comme un.e enfant au regard d’une situation dont la gravité ne demande pas de se mettre dans un tel état, ajoutant une dose de culpabilité tachetée de regret : « Mais pourquoi je n’ai pas dit ou fait ça ? ». La honte peut aussi s’inviter ici, empourprer le visage (Eurotophobie) soit rougir et en ressentir un vif malaise vis-à-vis des autres.

l’effet « cocotte minute » : un lâché verbal de colère disproportionnée, d’actes désorientés ou inappropriés à la situation, s’ajoute alors également une bonne couche épaisse de culpabilité, de honte, de regret à se faire hara kiri : « M…, j’ai perdu mon sang-froid » et le couperet immédiat : « Je suis nul.le ».
L’effet sur l’estime de soi, est-il besoin de le préciser, est désastreux.

Et c’est le cercle infernal : pour ne plus jamais vivre ces débordements ou anesthésies honteuses, on s’isole, on refoule ses ressentis. On les ligote, on les attache à une pierre et on les jette dans l’océan de l’âme : « Oh ! Ennemis, disparaissez, vous qui me trahissez ! » (Tel Antigone au bord de la tombe de son père).

Les sentiments et les émotions, gardiens de nos désirs
et donc de notre énergie de vie, sont emprisonnés, interdits.

Le cercle vicieux : le clivage interne et la création d’un « faux-moi »

Alors le MOI est « effracté », clivé en deux : on vit une moitié de soi.

Le MOI se divise

Il y a deux grands types de refoulement de sensibles (entre les deux, un continuum de disparités), la personnalité contenue et la personnalité maniaco-dépressive :
Personnalité « contenue » : celles et ceux qui ont refoulé leurs émotions, sentiments et blessures et font « comme si » (tout allait bien). Ils apparaissent tout à fait sereins, calmes, le masque du comique peut se cacher ici. En sourdine, gronde le mal-être (qui peut même ne pas être connu du sujet) et se fait connaître par différentes diversions :
maladies physiques. Les émotions génèrent une chimie, des modifications musculaires et tissulaires, lorsqu’elles ne sont pas accueillies, élaborées et exprimées, elles s’enkystent alors dans différents espaces du corps, comme une mémoire.  La fibromyalgie est un exemple de maladie dû au refoulement émotionnel. La médecine ne trouve aucune cause à cette pathologie. Elles ne sont certainement pas à chercher du côté physiologique, mais émotionnel. « J’ai mal aux hanches, aux dos d’avoir trop porté de secret douloureux » tente de crier le corps de celui ou celle qui … n’entend hélas pas !

Tout ce qui ne s’exprime pas, s’imprime en soi

Addictions. d’excellents anesthésiants émotionnels. Quoi de mieux pour endormir sa sensibilité que de la nier ? Excès de sport, de travail, substances, alcool, jeux vidéos, sorties… tout est bon pour fuir les mémoires encapsulés dans les couches profondes de l’être.

Personnalité « maniaco-dépressif.ve » : celles et ceux qui tentent désespérément d’exprimer leurs ressentis et apparaissent comme « maniaco-dépressif.ves » se traduisant par des périodes de joie extatique et une activité débordante alterné par des tristesses profondes et une passivité ou procrastination, le tout accompagnés par des humeurs instables, mal-être constant, choix incohérents etc. On se sent une mauvaise personne et là deux voix s’ouvrent : soit on se conduit comme un « bourreau », tant qu’à ne pas être aimé.e autant faire peur et se faire respecter d’autrui, soit on devient gentil.le, tout.e gentil.le à toujours vouloir faire plaisir pour plaire en … s’oubliant copieusement.

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NB : On peut aussi mettre en évidence que le clivage interne associé au refoulement émotionnel peut être à l’origine des personnalités narcissiques qui, pour gérer leur conflit interne dont il ne peut se rendre conscient (au risque de se confronter à la honte et la culpabilité générant un effondrement interne) a besoin d’une autre personne pour décompenser sur lui/elle, comme un autre soi. L’autre n’est pas vu comme une personne mais comme une part de lui/d’elle qu’il/elle peut donc traiter comme il/elle le souhaite. Le conflit ne se joue pas en interne mais en réel envers une autre personne. d’où la mise en place d’un lien de dépendance (le narcissique ne peut vivre seul) par des jeux de domination-soumission, harcèlement moral, sexuel, chantage financier etc.

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Une estime de soi très basse

La première source de mal-être du sensible qui vit mal sa sensibilité : un auto-jugement désastreux. Il/elle ne se l’avoue peut-être pas, mais si on pouvait lire son livret « estime de soi », ce ne serait pas joli : « je suis fragile, malade, immature, nul.le » etc. et tout une liste de critiques toutes plus disqualifiantes les unes que les autres.
L’environnement social a très certainement contribué à ce tableau noir en lui renvoyant des images au vue de ses réactions et comportements … voyons… des étiquettes telles que « inconstant.e », « fragile », « immature », « susceptible », « colérique », « bizarre », « inattendu.e », « dépressif.ve chronique », « bipolaire » et bien d’autres qualificatifs tout aussi doux pour l’estime.

L’émotif.ve est étiqueté de toutes sortes d’adjectifs

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NB La médecine institutionnelle détecte peu le mal-être du ou de la sensible. Très vite, ce/cette-dernier.ère est classé.e dans la rubrique dépressif.ve ou affublé.e de termes de pathologies cliniques. Il s’avère que les médecins et autres psychiatres se sont eux-mêmes coupés de leur système émotionnel. Les facultés de médecine peuvent être des machines à broyer les émotions et sentiments comme l’empathie et la compassion. Le métier lui-même confronte à la souffrance et à la mort. Le moyen qu’ont trouvé les médecins pour vivre dans cet environnement est la froideur compassionnelle. Dans ce contexte, le diagnostique médical peut être faussé. Il s’agit de rester prudent lorsqu’on vous case « dépressif.ve chronique ».

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Le conflit interne et la création d’un faux-moi

Quand l’idéal du moi est un pantin désespérant et désespéré, et ce depuis l’enfance, la construction de son estime prend une tournure de conflit interne, telle une « fracture », entre une part qui se disqualifie « Je ne vaux rien » et une autre part qui sait au fond que c’est faux et qui va tout tenter pour se prouver le contraire.

Conflit : je me déteste / J’ai de la valeur

Et c’est le début des choix de vie avec ce fonctionnement : « Je vais faire avocat.e » dit une part pour prouver que je suis « normal.e », que je peux exercer un métier « normal », comme tout le monde. Au début, la part qui se déteste se sent gratifiée et voit dans le regard de l’entourage la satisfaction ou l’admiration rassurante.
Tandis que l’autre part, en sous-texte, ne se sent pas en cohérence avec ses profondes aspirations, sans toutefois oser se l’avouer.

Un MOI fracturé

Au bout de quelques années de ce jeu de dupe, le corps s’épuise, les douleurs apparaissent, toujours les mêmes au même endroit, les relations se détériorent car le faux-moi s’effrite comme le crépis du mur « Inutile de lutter, je ne peux plus faire semblant », ça craque.

Le faux-moi peut avoir été créé dans des choix professionnels et aussi privés comme un choix de conjoint.e, d’ami.es, activités loisirs qui améliorent l’estime de soi, l’image aux yeux de l’entourage par divers artifices (Statut social, gains financiers, belle maison etc.) mais dont les désirs, les valeurs ne correspondent pas au vrai moi.

Un jour, le réveil peut-être douloureux. La prise de conscience d’une vie ou de certain choix incongruent à ses profonds désirs peut faire un choc. Et oui, c’est le moment de se défaire du masque, de se Re-Trouver.

Se départir des apparats, se dévêtir, se mettre à nu

Ce chemin peut s’effectuer seul.e bien entendu. Avouons que l’aide est la bienvenue qu’elle soit d’ami.es, de la famille ou thérapeutique, coaching. La transformation peut alors être plus éclairée. guidée, rythmée et douce.

Vianney a passé 18 ans à vivre en ville, a travaillé en banque et à vivre avec une épouse qui aimait les soirées, les vacances de luxes. En prenant conscience de sa profonde sensibilité, il s’est aperçu que ce n’était pas ce à quoi il aspirait profondément. Il aime la nature, le calme, les relations authentiques. Il a mis deux ans pour vivre la transition, désormais il a quitté sa conjointe, emménagé à la compagne. Il travaille toujours en banque mais un poste plus proche de la clientèle.

Pour retrouver son MOI VERITABLE et SA SENSIBILITE AUTHENTIQUE, se munir :
– d’une prise de conscience
– de courage pour vouloir changer soi et mettre ensuite son environnement en accord
– de temps, de la patience car les transformations ont besoin, comme la graine qui pousse, d’éclore à son rythme.

Comme une seconde naissance, accoucher de son moi profond
un des plus beaux cadeaux que l’on puisse se faire

Nous verrons dans un prochain volet « Sensibilité : tu es mon amie » comment reconquérir son soi profond, ses ressentis sacrés. Un beau chemin…