Nous avons mis en évidence dans l’article « Sensibilité, tu es mon ennemie », les conséquences du refoulement émotionnel tel le clivage interne, la maladie, des choix de vie incongrus. Ici, nous verrons comment se réconcilier avec sa sensibilité et son moi profond.

Les déclics

Il arrive  un temps où on sent que quelque chose ne va pas en soi. On perçoit sa sensibilité est dénigrée et que la vie que l’on s’est créé ne correspond plus à nos critères profonds. Ces déclics peuvent avoir lieu :

soit par choix. Vous sentez naturellement, par une frustration, des manques que des éléments de vie dysfonctionnent, alors rien de mieux que de mettre en route une remise en question.
soit par des évènements inattendus tels que séparation, licenciement, maladie, accident, perte, dépression, fatigue, relations insatisfaisantes ou toxiques etc. qui obligent un ou des changements. C’est malheureusement souvent ce cas qui prévaut. Nous attendons souvent d’être bousculé.e pour mettre en route un mouvement de changement.

Laurent, 35 ans, directeur, se sent extrêmement fatigué. Il est mis au jour qu’il vit du harcèlement moral au travail de la part du PDG. Il réalise, chemin faisant, qu’il avait choisi cette carrière d’homme d’affaire, gravit les échelons, s’est astreint à un certain niveau de salaire, non par choix, mais pour répondre au desiderata paternel. Homme sensible, aux valeurs humanistes, il s’était coupé de son champ sensible qu’il percevait comme une fragilité. Acceptant ses ressentis comme une force, il a quitté son poste à responsabilité et son salaire (une adaptation à faire) et créé sa propre affaire.

Quand tout s’écroule autour de soi,
c’est le signe que des changements sont à vivre en soi.

Comment alors échapper à ce tragique scénario ?

Heureusement, il est possible de mobiliser ses esprits et son corps afin de réapprendre à vivre sainement son système sensitif et sensible. Cela demande du temps, un peu d’effort évidemment et des mouvements de pensées et intérieurs. Et le but sera de vivre votre sensibilité ou hypersensibilité (Je n’aime pas cette appellation d’origine incontrôlée, article Hypersensibles : et si vous étiez normaux ?) comme :

  • non pas un frein ou une fragilité, plutôt une richesse intérieure
  • de constater que votre sensibilité vous rend unique
  • d’apprendre à vivre vos émotions comme un système de guidage
  • d’apprendre à vivre vos sentiments comme l’expression de votre profondeur.

Alors, on y va ?

ONE – Prendre conscience du jeu de dupe

Bon, soyons réaliste, cela peut être un sale moment à passer, du moins, pas le plus festif de votre vie, de prendre conscience que votre vie n’est pas en congruence avec vos désirs, vos sentiments et vos valeurs. C’est comme préparer un déménagement dans un pays étranger et apprendre une nouvelle culture, une nouvelle langue, une vision inconnue. ça bouscule ! Evidemment, c’est pour une vie meilleure, soyez-en assuré.e !

Enlevez le masque peut être perturbant

Les changements qu’ils soient subis ou choisis sont souvent de bon aloi et ouvrent la voie à de nouvelles perspectives, même si l’inconnu éveille la peur, il est sérieusement utile (Voir article « Au secours ! je n’aime pas les changements ! »).

Donc votre MENTAL : « j’accepte ce qui m’arrive » (avec la confiance que c’est pour un temps limité).

TWO – Revoir la perception de soi à l’aune de l’être sensible que je suis

La perception de la sensibilité vue comme une ennemie rendant vulnérable et fragile, a abîmé l’estime de soi. Même si elle fluctue, avoir une bonne estime et image de soi est une base, un socle de confiance pour se mettre en action, pour se sociabiliser. Il est donc indispensable de se ré-aimer dans ses éprouvés émotionnels, sentimentaux à fleur de peau. Comment ? En constatant que les ressentis intérieurs, émotions, sentiments sont des phénomènes physiques tout à fait naturels, tout ce qu’il y a de plus naturel.

Que vous viviez dans un monde qui fait la chasse à l’expression émotionnelle ne doit pas empêcher chacun de vivre ses émotions sainement. Les marins le disent, lutter contre l’océan est vainc. Il sera toujours plus fort. L’océan des émotions et des sentiments est à comprendre. Sentir ses flots, ses courants, son rythme, sa puissance permet de le fluidifier et in fine d’en faire une force.

Les émotions gardiennent de nos survies et de l’adaptation, les sentiments, source de l’âme, sont une richesse et possiblement ce qui donne du sens à cette vie.

Sans émotions et sentiments qui serions-nous ? Des robots ? Quel sens aurait alors la vie ? Au moment du Grand Départ, la plupart des personnes se demandent : ai-je assez aimé ? Ai-je assez dit « je t’aime » ? Et aussi me suis-je assez aimé.e ?

Le refoulement émotionnel sociétal rend notre civilisation malade. L’humain n’a de conscience que dans son cerveau, il comble alors par le pouvoir, l’avidité, l’égocentrisme. Lorsque l’on ressent son coeur, naturellement, une empathie, un altruisme s’ouvrent.

Redonnez à votre sensibilité sa juste place : celle de la vie !

THREE – Avec l’acceptation de ses sentiments, tombe la honte 

Honte de rougir,
honte de ne pas avoir maîtriser ses émotions,
honte d’avoir fait du mal aux autres parfois par excès de colère ou au contraire non-dit,
honte de se sentir vulnérable en disant « je t’aime »,
honte de ne pas pouvoir dire « je t’aime »,
honte de simplement ressentir des émotions et sentiments.

La liste est longue…

La honte est la gardienne de notre intimité, de nos désirs profonds. Elle est même constitutive de notre identité. Elle est là quasiment à notre naissance. Elle marque de sa subtile sensation, presque inaudible à notre conscient, la limite de ma zone publique et de ma zone privée. Que ce soit mon territoire corps (Nudité, sexualité etc.) ou mon esprit (Expériences, pensées, valeurs), la honte marque mon espace intime. Ainsi, elle participe de mon INDIVIDUATION, le sentiment d’être unique.

La honte dévie de son projet initial lorsque des considérations morales, sociales, des négligences ou violences heurtent mon intimité et que la honte s’invite sans carton d’invitation. Vous ressentez de la honte à vivre des émotions et des sentiments ?
Refusez madame la Honte à votre soirée, elle n’a pas été invitée !

Soyez fier.ère de vos ressentis, ils sont la vie !

 

FOUR – Avec l’acceptation de ses sentiments, tombe la culpabilité

La seule réponse au/à la Chef.fe qui demandait des comptes était une rougeur sur les joues ? = OK. 
Vous avez perdu patience et envoyé bouler le papi dans la file d’attente = OK.
Vous n’arrivez plus à respirer quand le beau blond ou la belle rousse vous propose d’aller boire un verre = OK.
Vous êtes tragiquement triste lorsque vous voyez des animaux souffrir = OK

= Ce sont vos réactions. Cessez de vous flageller parce que vous n’en avez pas (pour l’instant) d’autres en rayon. Aimez-vous avec et les autres vous aimerons aussi avec.
Coupable ! De ressentir ?
La culpabilité agit comme une souveraineté intérieure garante des règles qui régissent la relation avec son environnement, elle agit comme un parent intérieur qui cadre, donne des règles, vérifie ce qui est juste, bon pour soi. Une protection. Freud évoquait le « surmoi », un moi au-dessus du soi, rappelant le parent avec son enfant. Et de fait, le surmoi est une introjection de ses réels parents.
Parfois, ce parent intérieur fantasmatique peut être trop autoritaire et interdire arbitrairement. Si très tôt vos réels parents et vos familles vous ont rappelé qu’être en colère, c’est mal,  que pleurer c’est être fragile, montrer sa joie en public, ça ne se fait pas… Sans que vous en soyez conscient, votre surmoi a retenu scrupuleusement les injonctions et vous empêche d’exprimer vos désirs, votre sensibilité et vous contraint à l’impuissance et à une prison psychique et émotionnelle.
Ainsi, votre culpabilité va générer ce clivage entre un faux-self et un moi enkysté évoqué dans l’article « Sensibilité, tu es mon ennemie ».
Evidemment, restructurée la culpabilité et la honte est un cheminement long car liés à des conditionnements anciens et donc ancrés. Une prise de conscience est déjà un premier pas. Vous pouvez conscientisé et intégré que les émotions et les sentiments sont naturels et indispensables. Remettriez-vous en cause les battements de votre cœur ?

FIVE – Libérer les émotions

Puisque les émotions ont été disqualifiées, rejetées, compressées comme du raisins dans un tonneau, elles ont besoin de remonter à la surface, abîmées, froissées, un soin particulier leur sera nécessaire.
La colère a été particulièrement mise à mal. La peur morale de la colère (l’émotion de l’émotion), le jugement des autres a généré son refoulement. La colère contenue est un cheval sauvage qui sorti de sa cage, regimbe et devient incontrôlable.
J’en suis souvent témoin lorsque les personnes que j’accompagne revivent leur colère, elles sont déstabilisées. Il peut se jouer ici des résistances aux changements, une volonté de cesser-là l’évolution. Pourtant revenir à l’état de clivage intérieur serait plus douloureux que d’en sortir.
Pas à pas, il est nécessaire de redécouvrir les vertus de la pulsion d’agressivité : l’affirmation et les limitations de son moi, le respect dans le lien aux autres, l’esprit de la témérité utile dans l’affirmation de ses choix et la réalisation de ses projets.
La pulsion de colère n’a rien de moral ou d’immoral en elle-même, elle est organique et nécessaire à la vie. C’est comment la vivre : est-ce que je l’utilise pour construire ou détruire ? Mon choix est libre. (Demandez-moi le Dida de l’école du soi sur la colère, très riche d’enseignements).

SIX – Savoir qui je suis, connaître mes désirs

Une fois retrouvée votre intériorité, votre système de guidage émotionnel, vos sentiment d’amour envers vous, vous allez naturellement ré-écouter vos désirs. Ils vont s’imposer à vous. Enfin. Plus de compromis, vous vous respectez désormais. Inutile de s’imposer, de faire montre de colère, simplement c’est inscrit en vous comme une évidence votre potentiel est au service de vous-même. Naturellement, ensuite, il se mettra aussi au service d’autrui, du groupe, de la communauté.
NB : à cette étape, un travail de retour dans le passé peut-être utile pour se libérer des injonctions éducationnelles et modifier votre système de croyance. Un accompagnement est le bienvenue ici, c’est assez difficile (mais possible) de le faire seul.e.

SEVEN – Vient le « comment »

Une fois qu’intérieurement, je suis en phase. Ma nouvelle vie peut commencer et je fais comment pour reconstruire ? Avoir un travail qui me convient, un couple harmonieux, un lieu de vie épanouissant etc.
hop hop ! ça ne se fait pas un tour de magie : patience, temps, réflexions et actions.
Cependant, vous n’imaginez pas à quel point quand nous sommes aligné.es avec nos désirs et libéré.es des peurs et regards extérieurs, les choses se mettent en place simplement et rapidement.
Je privilégie la préparation intérieure à une mise en action directe. Ce n’est pas ce que le coaching dit en général. Il dit plutôt de se mettre en action et de voir ensuite. Et pourtant le sportif avant de jouer aux Jeux Olympiques, que fait-il ? Il se prépare physiquement et psychologiquement avant. Il s’entraine des mois, des années.
Alors changer de job, de maison, de conjoint etc., ça se prépare. ça se pense. ça se ressent. Ce qui implique d’être déjà en action.

Etres sensibles,
soyez fier.ère de cette antre délicate et sacrée
qu’est le coeur de votre émotivité,
Jamais ne la rejeter,
Toujours chérissez-là
pour y puisez l’eau de jouvence de vos désirs.

Emotions et sentiments : des lumières qui brillent au fond de vous