Qu’ils soient grands ou anodins, les changements agissent parfois comme une tornade intérieure. Dans le premier volet, nous avons vu que notre « contenu interne » est en première ligne lors d’un bouleversement, nous n’aimons guère que notre volonté, nos désirs, nos habitudes soient importunés (Article du premier volet Comment vivez-vous les changements ?). Ainsi, nous allons mettre en route des défenses tel qu’un déni de réalité. Découvrons de quoi il s’agit.

Qu’est-ce que le changement ?

Voici la définition selon l’internaute de changement :

Changement : PASSER D’UN ETAT A UN AUTRE. Il y a l’idée et la nécessité d’un PASSAGE, d’une TRANSITION et une notion de TEMPS. Un passage d’une rive à l’autre qui fait vivre un voyage intérieur comme un bateau sur l’océan.

Le changement : une transition à traverser

Cette transition a du sens, elle est utile pour passer d’un état A à un état B et sentir, comprendre les étapes évolutives, pour prendre toute la mesure des transformations qui se jouent en soi et à l’extérieur de soi.

Antonia n’a pas travaillé depuis plus d’une année. Elle retrouve un poste. Elle se sent angoissée.
Elle quitte un état A = quotidien agréable, une liberté, des activités choisies, du temps
Elle va vivre un état B = contraintes horaires,  moins de temps libre, exigence de productivité, et notable, la part d’inconnue (L’entente avec les collègues, le travail en lui-même va t-il plaire etc.).
Etats A et B sont bien différents à vivre au quotidien et bien que B affiche des bénéfices tels que la sécurité financière, de nouveaux liens sociaux, des possibilités d’expression de ses savoir-faire, Antonia a besoin de traverser le fleuve de l’adaptation qui va de la rive A à la rive B.

Changer, c’est passer d’une rive à l’autre, d’un état à l’autre

Le mal-être lié au changement prend sa source
dans la négation de la notion même d’évolution et de la phase de transition.
Pour quelles raisons ?

Le déni de réalité

Le déni est l’acte mental (conscient ou pas) de faire « comme si » la chose n’existait pas ou n’avait pas autant d’ampleur, de consistance. Je fais comme si le changement n’avait pas lieu ou ne m’affectait pas ou comme si tout se passait bien.

Le déni, le refoulement sont des mécanismes de défenses psychologiques. Ils permettent de passer des épreuves difficiles. Et on comprend qu’ils soient à l’oeuvre en chacun lorsqu’il est question d’aléas qui modifient parfois le cours de la vie.

Un brouillard : mieux vaut ne pas voir…

Pour quelles raisons le changement invite souvent le déni à sa table ?

Désir/Frustration/Plaisir

Le cerveau utilise le déni parce qu’il fonde ses choix sur un processus de plaisir/récompense. Il a donc tendance à mettre aux oubliettes les éléments étiquetés « désagréables » pour ne choisir que ceux étiquetés « plaisir ». (Activité neuronale de tri utile pour se permettre de vivre un bien-être la plupart du temps). Vivre le temps de latence de l’habituation, c’est vivre une frustration, une tension corporelle et un état de manque émotionnel. L’adaptation au changement demande à vivre cette transition.

Lorsque Pierre décide de changer de carrière et reprendre des études, son quotidien se voit modifier : le soir et le week-end, au lieu de sortir avec ses ami.es, il étudie. Cette privation sociale a un coût. Mais le jeu en vaut la chandelle à long terme. La satisfaction d’apprendre, de passer des examens et de faire ce que l’on aime est d’autant plus valorisante.

Tout changement a un coût : suis-je prêt.e à vivre ce coût ?

La confrontation à la finitude et les challenges existentiels

Penser de façon plus globale, l’idée de changement ouvre des réflexions sur des réflexions existentielles très profondes.

Le changement pose les questions de la liberté, du choix et partant de sa  propre responsabilité. « Dans cette situation, quels sont mes choix ? ». Le choix a ses paradoxes : il dit liberté et aussi renoncement.

Le changement oeuvre aussi dans un contexte individuel : JE est seul face à ce changement. (Même s’il est partagé – décès, licenciement collectif etc.), la phase de transition est vécue dans l’isolement. L’isolement, sentiment peu joyeux…
Le changement pose aussi la question du sens : quel sens je donne à ce qui m’arrive ? Quelle signification a ce changement ? (Voir article conférence de Frédéric Lenoir La vie a-t-elle un sens ?)

Certain changement confronte à l’impermanence de la vie et à la mort qui est le lot de tous. 

= Toutes ses questions vertigineuses, liberté, isolement, quête de sens, mort, génèrent quelques angoisses que le mental préfère nier plutôt que d’y faire face.

Et si les changements, en confrontant aux questions existentielles,
permettaient d’agrandir ses perspectives de vie ?

Se confronter à ses propres capacités et ses limites

Le changement, subi ou choisi, nous met face à nos propres valeurs, systèmes culturels, croyances, ressources : « Suis-je capable de vivre cela ? ». « Suis-je trop jeune, trop vieux, trop pauvre, trop lâche, trop… quelque chose » qui nous confronte directement à ce « soi » qu’on a pas forcément envie de reconnaître et notamment nos limites, nos vulnérabilités, nos petitesses, nos ratés. Et se confronter à ses limites tout en constatant les capacités des autres, un cocktail détonnant de perte d’estime de soi et de nouveau de questions vertigineusement angoissantes : à quoi cela sert-il ?

La volonté d’évitement de l’angoisse est à l’oeuvre en chacun de nous, chacun a sa façon, avec ses moyens, ses conditionnements, ses propres défenses. Le but étant de générer de la sécurité, de créer  cette fameuse zone de confort. Illusoire, certes, mais tellement rassurante.

Remarque : une zone de confort pour l’un.e n’est pas la zone de l’autre. Pierre trouve son confort dans son village dans la maison appartenant à sa famille depuis un siècle tandis que Stéphanie se sent en sécurité par une grande activité professionnelle et des voyages autour du globe.

Les conséquences au déni de réalité d’impermanence

Seulement voilà, la négation de la réalité au changement a des conséquences fâcheuses : l’inadaptation au changement, des pensées « béton », la mort des rêves.

Un effet limitant ou même bloquant au changement

Lorsque nous pensons que ce qui nous avons est acquis ou durable ou du moins inaltérable, lorsque nous dédaignons l’impermanence de notre vie, lorsque nous nions ce TEMPS D’ADAPTATION, le changement se vit comme un choc auquel le corps et l’esprit parviennent difficilement à faire face car non préparés mentalement.

Lorsque j’étais jeune commerciale automobile près de Paris, j’occupais un poste privilégié dans une banlieue non moins privilégiée. J’accumulai les bons résultats  durant deux années. Jusqu’au jour où un groupe racheta la concession familiale et je perdis mon statut de vendeuse unique et me vit contrainte de partager mon réseau avec un autre vendeur. Le changement fut si brutal que je n’ai pas réalisé cette modification de poste et les exigences nouvelles qu’il me demandait, limitant toute possibilité d’adaptation. Ma motivation diminua, mes résultats et ma santé aussi. Je n’ai jamais pu/su m’adapter. J’ai quitté l’entreprise.

Les changements institués par l’environnement externe (Famille, ami.es, institutions étatiques, direction d’entreprise, diverses autorités…) sont reçus comme une intrusion, une négation de notre liberté, comme une injonction qui mène à un état de subordination et d’impuissance.

En réunion, Vianney se sent dépité quand le directeur annonce une modification d’organisation impactante sur son travail. Vianney ne comprend pas qu’il ne l’ait pas consulté avant : « Ces gens sont égoïstes et ne pensent qu’à leur portefeuille. ». Vianney perd sa motivation et petit à petit l’envie d’aller au travail. Il est persuadé que la nouvelle organisation va « droit dans le mur ».
Vianney a oublié que c’est le propre de l’action entrepreneuriale de donner des directions (et de fait  à elle d’en assumer les conséquences). En reprenant conscience de cet état de fait (qu’il niait), Vianney s’est apaisé. Ensuite, étudions les possibilités qui s’offrent à lui de mettre son grain de sel (sel de créativité, de savoir-faire, de libre-arbitre).

Des pensées bétons

Dans le besoin de sécurité, les pensées deviennent certitude « comme un socle béton » sur lequel s’appuyer pour fonder nos actions. Or, comme le disait Nietzsche « La vérité est une illusion dont on a oublié qu’elle l’était ».
Comment accueillir le changement quand les pensées ne veulent pas changer ?
Pire encore, comme instrument de défense contre l’angoisse, les pensées deviennent notre identité le JE s’identifie à ce qu’il pense : « je suis ce que je pense ». (c’est une des raisons pour laquelle les réseaux sociaux sont un exutoire à l’isolement, chacun crie « j’existe » en affirmant des avis à-tout-va). Modifier une pensée revient alors à perdre son identité… Effondrement imminent. Et de fait, fermeture à tout changement possible.

70 000 pensées par jours sont fabriquées dans notre cerveau. Une usine fordienne. Vous imaginez la déperdition. Une personne de 20 ans ne pensera pas ce qu’elle pensera à 60 ans. Nous sommes bien plus que ce que nous pensons. Une pensée n’est qu’une idée, un avis parmi d’autres dans un espace-temps donné.
Une pensée a besoin d’être mouvante, mobile, et surtout adaptable aux diverses situations qui sont… changeantes.
Si je continue de penser ce que je pense, je continue de vivre ce que je vis.

Le changement s’offre d’abord en pensée. Avoir des pensées souples permet une adaptation aux situations fluctuantes.

L’enterrement du désir

Caryl voudrait quitter son travail confortable de métreur dans un bureau d’architecte pour réaliser son désir d’exercer comme avocat. « C’est trop tard pour reprendre des études. Ce serait long et difficile de créer un réseau de client.es » (Des milliers de belles excuses liées à des milliers de belles croyances limitantes).

C’est cela aussi la conséquence tragique du déni de réalité de l’impermanence, c’est enterrer un rêve avant même qu’il naisse. Comme si tout changement était une impossibilité, une montagne infranchissable, un mur barrant la route.

Le déni de réalité enferme les rêves …

Un rêve a besoin de se promener, voguer, voler librement dans son esprit. Un rêve qui erre librement fait des petits. Il crée des idées, des désirs et des plaisirs. Il génère en soi un espace de préparation aux changements que le désir augure. Et partant, il se rapproche pas à pas vers une réalité. Peut-être pas celle envisagée au départ, mais une autre réalité qui sied aussi et à laquelle le rêve n’avait même pas pensé au départ. Le fantasme n’a pas besoin de se concrétiser telle qu’il s’est formé. Il est d’ailleurs quasiment impossible que fantasme et réalité soient identiques. Et si cette réalité pouvait être encore mieux  que celle fantasmée ?
Les idées que nous avons sont une perspective réduite de la réalité, qu’il est bien impossible d’embrasser totalement. Il y a des éléments dans un projet, un changement auquel nous ne pensons pas et qui peuvent être positifs.

Laisser le cheval du rêve voler !

Hélène, étudiante, désire partir 1 mois au Japon. Après l’élimination de la liste des impossibilités (et elle est parfois longue pour certain.e !), elle commence pas à pas à concrétiser son projet en travaillant dans un supermarché après ses cours et durant les vacances. Au bout de cinq mois, Hélène reçoit une somme d’argent inattendue. « A moi le Japon ! » m’écrit-elle sur whatsapp avec des smiley.

J’entends tellement de personnes qui enterrent leurs désirs. « C’est trop tard », « Je n’ai pas les moyens » « Que vont penser X ou Y ? » « Je ne sais pas quoi choisir ? » etc. et tellement d’excuses justificatrices devant le cercueil de ce désir sacrifié… A chaque fois, c’est étonnant, cela génère toujours une terrible tristesse dans mon coeur… comme un petit veau tué avant même d’avoir vécu sa vie de taureau. Nombreux.ses sont ceux qui refoulent leurs désirs sous prétexte qu’ils sont impossibles.

Tuer un rêve, c’est tuer une part de soi.

Les personnes familiarisées au changement, voguant sur l’impermanence de la vie, ont des centaines de désirs qu’elles laissent vivre en elle :
= certains désirs se réaliseront : joie et estime de soi
= certains désirs mourront : déception et frustration, deuil. Eh oui.
Voguer sur ses deux rives permet de vivre plus aisément les changements. (Nous reverrons le désir dans la thématique du changement dans un autre volet).

Comment parez au déni de réalité du changement ?

En changeant bien sûr 🙂 ! Et d’abord en modifiant d’abord sa propre vision du changement : le changement est un fait. J’apprends, non pas à me battre contre, mais à voguer avec, pour reprendre la métaphore de l’océan.
Mourir, se séparer, changer de travail, être licencié.e, voyager, rencontrer, naître et vieillir … sont des lieux communs que tout le monde traverse. 

Alors plutôt que nier la réalité de l’impermanence qui a des conséquences bien désastreuses sur la vie, il est bon de générer une « veille » mentale, une sorte de petite voix intérieure consciente de la réalité du changement, de la fluctuation, du vide existentiel de l’inconnu.
Je parlerais d’une « acceptance » de la mouvance de notre environnement. Je n’ai pas besoin de penser l’accident chaque fois que je suis au volant de ma voiture, juste de le garder dans un espace du cerveau et de maintenir la prudence. (D’ailleurs les accidents arrivent souvent lorsque notre « veille mentale » est saturée et le mental préoccupé par tout autre chose que la route).

Pour mieux vivre les changements, il est aussi utile de vivre en conscience la mouvance de la vie et la transition (même si ça tiraille !) :
1. d’en prendre toute la mesure physiquement et psychologiquement,
2. de sentir ce qui se joue en soi, de poser et exprimer les émotions, de prendre soin de soi au cours de cette adaptation,
3. de garder à l’esprit que cet état est momentané (important), qu’il permet aussi d’aller chercher en soi des ressources (connues ou inconnues), de se tester, se dépasser et ainsi de gagner en estime et en confiance en soi. C’est aussi dans l’effort de la TRANSITION que l’estime se constitue. Nous le reverrons dans un autre volet.

Vivre le transition, c’est déjà voler vers l’autre rive

Pour conclure ce second volet, je dirai que l’adaptabilité aux changements est une des plus grandes richesses humaines. Et je me demande même si, plus que le statut social, la richesse, l’éducation, ce n’est pas un des outils de vie qui offre le plus d’atout pour vivre le bien-être ? Beaucoup de personnes demeurant dans une zone bétonnée, fermée à la nouveauté et qui, même mentalement, osent à peine imaginer un changement se ferment à des possibilités plus enrichissantes. La liberté de changer ne commence-t-elle pas en soi ?

 

Pour vivre vos projets, vos changements, vous pouvez aussi être accompagné.e
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A bientôt !