Lettre d’un(e) enfant à ses parents

Pas facile d’être parent ? Comprendre comment fonctionne l’enfant, cela peut aider… Ici lettre à mes parents.

Papa et maman,

J’ai entre 0 et 17 ans et je vous écris pour que vous sachiez un peu mieux qui je suis.

Je perçois le monde très différemment que toi, maman et toi papa. Je n’ai pas du tous les mêmes perceptions que vous. Parfois, je crois que vous l’oubliez et vous croyez que je fais exprès de ne pas comprendre.

Déjà, je suis plus petit-e en taille (pour la majorité d’entre nous et surtout de 0 à 9 ans) que mes parents. Ce qui fait que je me sens dominé-e. Ce n’est pas un sentiment que je peux expliquer bien sûr  mais quand un adulte qui est beaucoup plus grand que moi s’avance vers moi, je peux parfois avoir un peu peur. Je ne le montre pas, mais il se passe des choses en moi pas très agréable.

Je suis dépendant-e de vous
L’autre truc, c’est que sans un adulte qui s’occupe de moi, je ne suis pas « grand chose », ma survie est courte. Je suis donc bien dépendant_e des adultes pour combler mes besoins : manger, boire, dormir,  être en sécurité, être aimé-e (indispensable). J’ai besoin de l’entendre et aussi de le sentir que je suis aimé-e, c’est ma nourriture, mon calcium pour grandir. Et puis aussi, je vais avoir besoin pour me développer physiquement et psychiquement de reconnaissance, d’épanouissement culturel, social. De me sentir entourer en fait. Parce que j’ai besoin de sentir que j’existe comme un être unique, de me sentir vivre dans les yeux de ceux que j’aime pour me développer et ensuite m’envoler du nid et voler de mes propres ailes en toute sécurité.
Ce dont j’ai tout de même super besoin, c’est d’amour ! Pas de secret ! Et de l’entendre ! Mais surtout que je n’ai pas besoin d’avoir à prouver que je sais faire telle ou telle chose pour être aimé-e. J’ai besoin d’être aimé-e inconditionnellement. Vous voyez. Sans condition.

On peut dire quand même que j’ai une certaine fragilité. Mais je n’aime pas tellement savoir ça. Alors je reste totalement insouciant-e. L’insouciance, c’est mon job. L’insouciance, c’est que je n’ai aucune conscience du monde qui m’entoure et aucune responsabilité et aucun travail à faire en contrepartie d’un autre. Je vis dans un monde sympathique au fond. A part que je suis dépendant-e des parents.

Mais en fait, moi, j’ai deux « travails », qui prennent une grande partie de mon temps :

Le  premier, celui qui me passionne le plus, c’est jouer. Je veux jouer chaque jour, ça c’est sûr, chaque heure et j’aimerais jouer chaque minute. Je n’ai pas encore compris que la vie, ce n’est pas que pour jouer. Enfin, la vie telle que les autres adultes ancêtres ont inventé ce monde. Eux, on dirait qu’ils ne s’amusent plus et qu’ils passent leur temps à faire dix milles choses. Une autre histoire.

Mon deuxième travail, c’est que j’adore découvrir. Je suis curieux-se, très très curieux-se. Je suis né-e avec une curiosité naturelle. Cela dépendra de mes parents aussi et de l’école de faire perdurer cette état naturel d’envie d’apprendre, de comprendre et de connaître le monde dans lequel je vis.
Alors comment je m’y prends ?
Bébé, je mets tout ce que je trouve dans ma bouche. Oui, car je perçois le monde par le sens du goût et du toucher. Je vois flou, j’entends vaguement. Et alors là papa et maman  passent leur temps à m’enlever les objets que je veux « humer » dans ma bouche parce qu’ils pensent que je vais attraper des microbes ou c’est dangereux pour moi. C’est frustrant ! Comment je fais alors moi pour découvrir le monde ? En plus, comment je fais moi pour me créer un macrobiote riche, varié, résistant si tout est aseptisé autour de moi ?!

– Bon, après quand je marche, ben c’est claire que ça donne du boulot aux parents parce que moi, j’ai envie d’ouvrir toutes les portes des placards, de prendre tous les objets, de les lancer pour voir ce que ça fait  et déchirer pour voir ce que ça fait aussi. Ben, tout ça, j’ai pas le droit parce qu’en fait, une maison, ce n’est pas du tout organisée pour moi ou alors les parents, y aiment pas quand je dérange tout. Alors ça en général ça passe pas !

– Ensuite quand je parle, je veux imaginer pleins d’histoires, pleins de lieux. Je développe une imagination phénoménale. En fait, je suis encore connecté-e aux autres univers qui nous entoure.  C’est chouette. Sauf que mes parents et les autres adultes, ils n’y comprennent rien, ils ont oublié eux d’où ilsvenaient, c’est bête. Mais du coup, on peut plus jouer ensemble.

ado, c’est une autre paire de manche. Alors là j’ai envie d’explorer tout est n’importe quoi : l’autre sexe parce qu’un formidable feu d’artifice hormonal s’agitent moi. Je veux aussi tester mes limites, c’est là que je peux faire des conneries : trop boire, tenter les drogues, le sport (risqué), je me couche tard, je me lève tard. Je trouve que mes parents sont pénibles, je prends conscience que je n’ai pas du tout envie d’être ce qu’ils sont. En fait, je me crée un moi à moi.

Bon, en tout cas, appendre me poursuit jusqu’à l’âge adulte et en fonction de mon éducation parentale, scolaire, de mon tempérament aussi, je continuerai ou pas à percevoir le monde comme un terrain de découverte et de jeu. Bon, je trouve quand même parfois que les adultes, ils ne parlent que de leurs problèmes, ils rient pas beaucoup, et surtout il font que travailler.

Je ne comprends pas toujours pourquoi ma maman et mon papa ne sont pas là la moitié du temps et quand je les retrouve, je suis content(e) sauf qu’ils ont souvent pas le temps de s’occuper de moi. Même si je ne peux pas du tout exprimer ce sentiment, au fond de moi, je grandis avec l’idée qu’au fond, si mes parents ne sont pas toujours avec moi, c’est que j’ai dû faire quelque chose de mal, ou alors ils préfèrent faire d’autres trucs qui sont mieux que moi ou alors ils ne m’aiment pas tant que ça.

C’est pas tellement quand ils sont au travail qu’ils me manquent, c’est surtout quand ils sont à la maison. Ils sont là, sans être là. En fait, leur corps est là, mais ils pensent à tout autre chose. Et moi, je le sens. Je ne peux pas l’exprimer mais je le sais. ça va être inscrit dans ma mémoire. Je peux même connecter avec le sentiment de solitude ou de de ne pas être aimé. oui, déjà. Ce dont j’ai besoin que quelques minutes, heures c’est mieux, par jour, je partage un vrai moment de coeur à coeur. Juste pour moi. Je sens le fluide de l’amour qui passe en moi. Et je me sens aimé-e. 

Je suis un être qui a la particularité de vivre à travers mes ressentis.

J’ai la chance d’être encore en connexion très très étroite avec mon corps et comme mon corps est vraiment une machine extraordinairement bien organisée, je vis mes émotions et mes sentiments comme un stradivarius. Spontanément. (voir l’article Comment gérer mes émotions ?)

C’est aussi ce qui me différencie vraiment de mes parents. oui c’est triste, la plupart des parents, ils ont oublié de vivre leurs ressentis.

Moi quand je suis triste, je pleure, je peux hurler comme un loup quand je pleure,
Moi quand je suis énervé-e, je crie, je tape, je casse, je jette, je me roule par terre, peu importe le lieu et le moment, quand ma colère me submerge, je l’exprime,
Moi quand j’ai du plaisir et que je ris, je ris. Je m’esclaffe, je ris à gorge déployée,
Moi quand j’ai peur, je crie, je suis tétanisé-e, j’appelle « mamaananann !!! » ou « papaaaa ! ». C’est l’horreur.

Et là, les adultes vont passer leur temps à me dire « de ne pas pleurer », « de ne pas crier », « de ne pas taper » « de ne pas…. ». Je me sens déjà empêcher et je mets en place un lent processus de refoulement. Refoulement de mes désirs, de mes ressentis et donc de MOI. Du moi qui plus tard va choisir des études, un travail, des amoureux etc.

Pff !! C’est pas marrant ! Je comprends pas pourquoi si mon corps a besoin de pleurer, je peux pas vraiment pleurer ou m’énerver. Alors, là, ça, ça passe pas auprès de mes parents. ça les saoule. Je fais trop de bruit. Je prends trop de place. Surtout quand ils sont fatigués après le travail, alors là, c’est la catastrophe ! Y’a des parents qui crient. Parfois, papa et maman qui se remettent la responsabilité l’un et sur l’autre. « C’est toujours moi qui m’occupe des enfants ! » et patati et patata. Pô drôle.
Souvent, je dois aller jouer seul-e dans ma chambre. Et je me retrouve tout-e seul-e au lieu d’être avec mes parents. c’est pas toujours drôle. Ou alors, je regarde un dessin animé ou un film. Comme ça mes parents, ils peuvent continuer à faire leurs milles choses et pendant ce temps, ils sont tranquilles.

Bon ben devant le dessin animé et plus tard les jeux vidéos, l’iphone, la tablette, le réseau social, j’apprends pas à faire vraiment mon deuxième travail de « découvreur-se ». Je me nourris de virtuel (je me coupe de mon émotionnel et de ma créativité).

Parce qu’en fait, comment j’apprends ? Eh bien c’est là toute ma puissance, c’est que je suis un magicien qui absorbe les gestes, les paroles, les émotions, les sentiments, les énergies de tout ce qui m’entoure pour les restituer. Je suis une éponge à mon environnement comme le caméléon change de couleur. Je ressens ce que ressentent maman et papa. Si maman est triste, si papa est énervé, je le ressens. Même s’ils ne disent rien. Le drame, c’est que je n’ai pas la capacité d’exprimer mes ressentis avec des concepts élaborés. Mais le grand drame, c’est que souvent mes parents ne savent pas cela. Ils croient que je peux comprendre. Là, ils se plantent complètement. Moi, je ne comprends pas ça comme eux.

Pourquoi ?
Car mon cerveau cognitif (celui qui se situe dans le front et qui analyse, prend du recul, anticipe, mesure etc.) n’est pas encore formé chez moi. Je suis le mammifère qui se développe le plus longtemps du règne animal. Ma cognition ne sera optimale que vers mes 25 ans !

 

Cela veut dire qu’avant cela :
–  je ne peux pas élaborer des concepts précis de mes ressentis et sentiments
mes émotions sont à vif, je ne sais pas bien maîtriser
je fais des interprétations très rapides et fausses qui fait que déjà je me crée des mémoires douloureuses : « papa est en colère, il ne m’aime pas », « maman pleure, c’est de ma faute » « Mes parents se disputent, ils vont se séparer »
je ne sais pas gérer mes peurs : « Je n’aime pas le noir parce qu’il y a des araignées sur mon lit » (oui et j’invente des peurs aussi). « Je vois des esprits » (ce qui peut être possible l’enfant n’est pas séparé de ses ressentis extra-sensoriels).
Je culpabilise. Je ne sais pas pourquoi je culpabilise toujours. C’est parce qu’il y a ce truc de concept de « punition ». Si je fais pas ça, je suis puni-es. Du coup, ben, tout est de ma faute.

Après ça, ben, toutes ses difficultés que je vis, je vais les exprimer par milles comportements : pipi au lit, peur de tout, violence, cassage de jouets, timidité, asociabilité, tristesse, etc.

Ben oui, il y a des tonnes de choses que je ne sais pas encore faire et que ma maman et mon papa sont censés m’apprendre. Mais parfois, je me demande s’ils savent eux-mêmes faire ça ?

Un truc super important, c’est que je n’ai aucun sens du temps. ça, les adultes, ils ont du mal d’intégrer ce fait-là. Pour moi, il n’y a qu’un temps qui compte, c’est maintenant. Hier, demain, c’est flou. « Prépare ton cartable pour l’école demain ». Heu… ben je ne comprends pas moi « demain » ? C’est où ? Dans quelle ville ? Dans quel jouet ? Mon cerveau ne peut absolument pas du tout intégrer. Dans trois mois, c’est dans l’éternité pour moi.

En fait, j’ai besoin d’apprendre le concept de temps. Donc, ça sert à rien que ma maman me dispute parce que j’ai pas préparé mon cartable, il faut qu’elle m’explique et me montre pourquoi c’est important pour elle ? Et aussi qu’elle fasse preuve de patience parce que je vais pas comprendre du premier coup.

Je n’aime pas faire des trucs pas drôle, je ne suis carrément pas programmé_e pour ça
Comme mes deux « travails » sont jouer et découvrir, tout ce qu’il y a autour, comme ranger ma chambre, ne pas salir le sol, me brosser les dents, me laver, m’essuyer les fesses etc. tout ça, je dois apprendre. Encore une fois, les parents y croient que je sais déjà mais je ne suis pas du tout venu-e au monde avec la notice ! Ils croient qu’il faut me le dire une fois pour que ça rentre dans mon cerveau. Pas du tout !

Comme ce qui me motive, (motiver = mettre en mouvement), ce sont les jeux et les découvertes, mes deux sources de plaisirs, je vais pas être motivé-e. Et comme je n’ai qu’une seule, une seule quête : le plaisir. Tout ce qui sort de ce carcan, je vais pas vraiment m’y pencher. Donc, je dois apprendre à faire des choses qui ne génèrent pas forcément un état de joie et de plaisir mais qui sont utiles pour moi, mon bien-être.

 Bon ben inutile de dire que va falloir vous armer de patience, les adultes, parce que moi ça m’ennuie vraiment de faire des trucs en dehors de mes jeux. (Et ça, c’est valable de 0 à 17 ans). Donc, il va falloir répéter, trouver des astuces et tout le toutim !
Non, les parents, je vous déconseille les « si-si ». « Si tu ranges bien ta chambre, tu auras un bonbon ». Parce que ça va mettre mon cerveau sous forme de « si-si » dans ma vie d’adulte future. Je croirai que si je fais bien mon travail, mon boss sera content de moi et il va augmenter mon salaire. Et je serai super déçu-e quand ce sera pas le cas.

Papa, maman, faites preuve :

  1. de patience parce que comme vous, j’apprends par ESSAIS/ERREURS/REPETITIONS, essais/erreurs/répétitions
  2. de CRE A TI VI TE, parler moi par métaphore, images, ça marche
  3. j’ai besoin de comprendre que c’est aussi un truc sympa que de retrouver mes jouets, que d’avoir les fesses pas pleines de caca et qu’il existe des poubelles pour mettre mes bâtons de glace, ça évite que le sol colle.

Sachez aussi mais c’est pas pour vous faire flipper, vos comportements non-verbaux, vos paroles, vos faits et gestes, je les connais par coeur, je les ai enregistré dans mon disque dur interne sous forme de concepts. Je les ressortirai plus tard soit comme des freins à mon épanouissement, soit comme des socles à mon développement selon que j’aurai enregistré une émotion de joie ou de peur relative à vos actions, vos paroles. 
En conséquence, soit j’ai appris à être aimé-e, entendu-e, reconnu-e, encouragé-e, en sécurité même dans l’erreur, soit je vis dans un environnement qui pense que je sais à partir du moment où je marche, je ferai ou non des économie de psychanalyse !
Oui, je sais ça fout la trouille. Vous vous dites que vous êtes hyper responsables de mon bonheur ou de mon malheur. Mais, en fait, vous aussi vous avez des parents imparfaits et vous vous en sortez, alors moi aussi, je saurai me débrouiller. Ben, c’est claire, si j’ai un bon socle au départ, c’est plus facile ensuite. 

Encore un truc…
Papa et maman, vous m’avez nourri à la petite cuillère. Combien d’heures  vous avez passé chaque jour, plusieurs fois par jour, à me donner la petite cuillère, faire l’avion, donner la cuillère pour papa, pour maman etc. Et vous avez su en plus inventer milles astuces pour me convaincre quand je faisais la/le difficile.
Combien de fois, quand j’ai appris à marcher, papa et maman, vous m’avez accompagné ? Combien de chute ?
Combien d’histoires pour m’endormir ?? Combien ?

Et voilà que tout à coup, quand il faut m’expliquer à mettre les papiers à la poubelle, à me laver, à m’organiser, à assimiler la notion de temps et d’espace, à apprendre à jouer avec les autres mes frères et soeurs, à partager mes jouets, à apprendre la sécurité, à communiquer mes émotions avec des mots, à comprendre ado ma sexualité, mes pulsions etc., vous n’êtes plus là, vous vous énervez, vous croyez que je vais apprendre du premier coup ?

Et même quand je suis ado, je suis autonome sur pleins de trucs, j’ai encore tellement à apprendre sur moi, sur le monde, j’ai besoin tout autant de toi maman et papa. Différemment, mais j’ai besoin de votre savoir et de vos expériences. Même si je vais ronchonner, dire « vous m’énervez », claquer les portes et m’enfermer dans ma chambres en écoutant la musique à fond dans mon casque, j’ai besoin de me mettre en colère pour apprendre à m’affirmer et créer ma propre personnalité. Mais j’ai besoin de savoir, maman et papa, de sentir que vous êtes là pour moi, que je suis en sécurité, que vous savez encore mieux que moi ce qui est bon pour moi. Vous voyez ? Mes actions ne sont pas mes ressentis. Ce sont deux mondes différents. Restez sûr de vous, j’ai besoin de sentir que vous êtes fort-es.

Bon, ben, en fait, maman, papa avec tout ça, je comprends bien que le métier de parent, c’est pas facile tous les jours. Mais, c’est chouette, n’est-ce pas ?

Et de toute façon, je vous aime.

Suivez le blog de l’école du soi : la suite dans la lettre des parents : « pourquoi j’arrive pas toujours à être un parent comme je voudrais l’être ? »

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Par |2018-01-14T21:54:54+00:00janvier 14th, 2018|Blog|Commentaires fermés sur Lettre d’un(e) enfant à ses parents