On parle beaucoup d’hypersensibilité (Médias, réseaux sociaux etc.) et de fait, je me disais que, bien que mes actions thérapeutiques soient basées sur l’émotionnel, je n’avais jamais écrit d’article à ce sujet car il me semblât que tout avait été dit – et mieux possiblement que je ne pourrais le faire – sur le sujet. Mais je voulais toutefois apporter un regard, une réflexion, peut-être nouvelle.

Qu’est-ce que l’hypersensibilité ?

Ce n’est pas forcément ce que je souhaite développer ici. Je fais une définition simple et renvoie à cette vidéo de Christèle Albaret que je trouve concrète et bien faite. Cliquez : Suis-je hypersensible ?

L’hypersensibilité est définie comme une capacité à ressentir et exprimer ses émotions et sentiments avec intensité, s’accompagnant également d’une hyper-sensorialité, c’est-à-dire une acuité forte de certains sens (odorat, vue, toucher, goût, ouïe et aussi kinesthésie, le sens de l’espace).
L’hypersensibilité a d’autres caractéristiques comme un cerveau très actif, qui pense en arborescence créant du lien entre ce qui en apparence n’en a pas, pensant vite surtout sur les sujets qui le passionne.
Ces éléments font de lui souvent une personne empathique, portée par un besoin d’équité et détestant l’injustice, ne voyant aucun intérêt à la hiérarchie pyramidale et l’autorité, souvent proche de la nature, faune et flore.

Pourquoi « hyper » ?

Au fur et à mesure de ma pratique et de mes expériences, j’en suis venue à me questionner sur le mot « hyper » et sur le regard porté sur les personnes hypersensibles, ainsi que sur la façon dont les émotions sont abordées socialement.
Voyons la définition de « hyper » = élément qui exprime l’excès. Ce qui revient à définir l’hypersensibilité comme un débordement de ressentis émotionnels et sentimentaux.

Mais comment définit-on la mesure des ressentis ?

Et si des personnes sont hypersensibles alors il en existe d’autres neutre-sensibles et d’autres sous-sensibles ? D’où proviennent ces mesures exprimées et celles tacites ? Quelles en sont leurs conséquences ?

Y aurait-il une mesure idéale à nos ressentis ?

De plus, la notion intrinsèque d’excès, de disproportion sous-tendue dans le mot « hyper » a une connotation disqualifiante, déshonorante. L’hypersensible serait « trop » quelque chose. Pas assez quelque chose. Trop expressif, trop extraverti, pas assez calme, pas suffisamment contrôlant. Trop dérangeant ?
Porter l’étiquette « hypersensible » reviendrait-il à porter une honte et une culpabilité ?

Avez-vous déjà vu la réaction d’un parent dont l’enfant pleure dans un supermarché, il a honte. Avez-vous déjà observé le visage rougi de votre médecin quand des larmes coulent de vos yeux ? Avez-vous déjà entendu le Directeur noter une personne fragile car elle a pleuré deux fois en 2 ans ?

La honte pèse sur la sensibilité. D’où le suffixe « hyper » associé à sensibilité. C’est trop en rapport à ce que moi, sous-sensible, je peux supporter. ça me gène.

Et ces mêmes sous-sensibles regardent des thrillers à l’insoutenable suspens, exerce des sports extrêmes, se crée de postes de travail en suractivité.
Pourquoi ? Générer de l’émotion justement !
Et pourquoi générer de l’émotion ? Se sentir vivant !

Le ou la sensitif-ve a déjà une intensité type saut en parachute chaque jour !

Et si l’hypersensibilité était la normalité ?

Vivre des émotions, ressentir peur, colère, tristesse, joie et plaisir est NATUREL  et nécessaire. Rappelons que les émotions sont des réactions physiologiques à des stimulus internes et externes. Sans elles, nous ne pourrions survivre. (Un rappel : Qu’est-ce que sont les émotions ?).
Antonio Damasio, médecin, neurologue, psychologue a étudié des cas de personnes privées de leurs émotions, qui étaient incapables de prendre des décisions cohérentes et se mettaient en danger.
Daniel Goleman, avec son livre « L’intelligence émotionnelle » a lancé un pavé dans la marre en expliquant que 93% de nos décisions sont prises grâce et avec la connexion émotionnelle.

L’intuition, un guide, l’émotion, la gardienne

Réveillons-nous ! Comment se fait-il que nous découvrions tout cela comme des trouvailles aussi poussées qu’une sonde allant sur Mars ?
C’est pourtant une évidence, demandez à un enfant ce qu’il ressent et il vous dira : « j’ai peur », « je suis content.e », « je suis fâché.e » etc. aussi facilement que j’ai faim. Intuitivement, nous connaissons le langage du corps et nos émotions et nous savons combien elles sont importantes et régulent nos vies.
Si les émotions en sont les portes, les sentiments sont notre âme. Ce qu’il y a de vibrant en soi, de vivant, d’exclusif et sacré.

A l’aube de notre mort, nous n’avons cure de notre portefeuille et des dividendes. Ce qui préoccupe à cet instant-là avant tout, c’est la main posée avec amour et compassion, ce sont les mots tendres et bienveillants.

Alors pour quelles raisons tangibles les juger anormales, trop, pas assez, bizarres, gênantes, mal ?

Certes, si l’on revient sur l’Histoire des humains, on voit que guerres et destructions sont la conséquences de pulsions morbides, de haines, d’instincts réactionnels de peur. On comprendrait les raisons pour lesquelles on cherchât à les contrôler, annihiler (Entre autre rôle des religions).

Mais enfermés un cheval sauvage revient à développer sa nature féroce plutôt qu’à le rendre docile. C’est ce qui semble se jouer dans notre société, une retenue inappropriée et délétère propice au refoulement.
Les réseaux sociaux en sont une preuve flagrante. Des lignes et des lignes de verbiages venimeux, sans aucun filtre, portés sur la place publique. Quand je lis les commentaires, j’ai comme un ressenti chez certain d’un besoin quasi compulsif de s’adonner à la complainte haineuse, à l’anéantissement de son/sa … « ami.e » facebook. Quelle gabegie…On voit que la pression émotionnelle contenue a besoin d’être évacuée.

La rage se déchaîne

J’en suis venue à la réflexion que ce sont les hypersensibles la normalité. Ils ne sont donc plus hyper mais tout simplement des êtres dont les sens, les émotions, les sentiments, les pensées sont le coeur de leur vie.

Une richesse intérieure ouvre la conscience au monde.

Trop de goût ?

Entendre un requiem de Mozart.
Regarder son enfant joué et s’émerveiller.
Sentir le bois humide des forêts d’automne.
Goûter le moelleux de la mie de pain encore tiède.
Caresser le chat ronronnant.
… Et humer les vibrations des capteurs sensoriels dans son corps enrichi d’un souffle connu ou nouveau.

Se fondre dans les éléments…

Ne sont-ce donc pas nos sens qui interagissent avec le monde ? Ne sont-ce pas nos sens qui, interprétés, dessinent alors notre monde intérieur ?
Alors pour quelles raisons s’en priver ? Pour quelles raisons seraient-ils « trop », « hyper », « excessif » ?
Les chamans et leurs dissidents occidentaux prennent des plantes dans le but d’exacerber l’acuité neuronale et sensorielle qui crée une avalanche puissante de sensations et émotions.

Alors pourquoi vouloir freiner le puit de l’acuité du sensible ?

« Oh ! Qu’est-ce que tu es sensible ! » 

Vous l’avez entendu celle-ci, n’est-ce pas ? Heu… répondrais-je, ce n’est pas une maladie ! « Tu pleures trop », « Tu ris trop fort », « Tu est en colère trop souvent », « Tu as toujours peur »… Trop par rapport à quoi ?

Peut-être que je te dérange quand tu es témoin de mes ressentis, peut-être ne sais-tu pas accueillir cela ? Ok. Ne me juge pas et apprend de moi, auras-tu à découvrir sur toi, peut-être ?

Une civilisation encore au stade anal

3 ans dirait Freud pour déterminer l’âge émotionnel de notre civilisation. Je ne crois pas que nous soyons dans un monde avec 75% de normo-pensants et 25 d’hypersensibles. Nous sommes dans un monde, encore immature, qui ne sait pas vivre ses pulsions, ses sentiments et ses émotions.

L’argent maître tue le sentiment

Notre société a besoin d’ouvrir sa conscience au monde invisible de l’esprit (ou âme comme vous voulez), besoin d’apprendre à sentir l’énergie de vie qui coule en soi, d’apprendre à développer les multiples facettes de notre cerveau. Ce n’est de loin pas incompatible avec des idées, de la créativités, des communautés, du progrès. Au contraire, il n’en sera que plus respectueux du Vivant et constructif.

Et si vous, hypersensibles, étiez des précurseurs ?

Et si vous, qui ressentez, fort, souvent, toujours, intensément étiez là pour divulguer des fréquences ondulatoires sensorielles et émotionnelles, comme les abeilles le pistil, sur un monde froid ? Pour faire pousser des fleurs d’empathie, d’écoute, de compréhension, d’entre-aide…

Alors c’est vrai que notre société n’est pas adaptée à la fragrance sensorielle et émotionnelle, elle a été crée par des « Sous-Sensibles » : bruyante, éblouissante, agressive, violente, dure, égocentrée, compétitive, déséquilibrée. (Quel portrait je fais ! Elle n’est pas que cela heureusement). Si la sphère politique écoutait davantage ses ressentis intérieurs, il est évident que les décisions seraient plus humanisées.

Décider la guerre, un projet de sensible ? Certainement pas !

Eh bien, vous, être proche de vos richesses intérieurs, soyez certain.e d’avoir votre place. Et la clé n’est pas de subir, de se battre, de lutter ou encore de se cacher mais de glisser, fluidifier, élargir vos talents autour de vous, créer votre espace à vous. Et déjà en abandonnant toute culpabilité et honte dès que votre intimité sensorielle est affectée ou que vos émotions grouillent comme un volcan prêt à rugir.
J’y reviendrai dans un prochain volet en ouvrant des possibilités de vivre heureux aux personnes normales qui ressentent trop 🙂 Alors j’ai pas toute les clés, c’est certain, apprentie que je suis, je vais faire quelques propositions.

Partagez l’article s’il peut parler à vos ami.es … sensibles.

Changer de regard, changer de vie