Êtes-vous prêt-e à vivre le grand Amour ?

Quand tout va mal, que tout a explosé et que vous avez pu repérer vos dysfonctionnements systémiques, il va falloir reconstruire le bonhomme ou la « bonnefemme ». Et c’est pas votre patron, votre docteur, votre conjoint-e qui vont le faire ! C’est en vous que ça se passe. Et ça passe par quoi ? Je vous le donne en mille : l’amour !

(Voir article « Là, ça va exploser ! Que se passe t-il ? »)

Les films, la littérature, le théâtre sont investis par les histoires d’amour. « Il se rencontrent, ils se quittent, ils s’aiment et ils se haïssent, s’harmonisent, se font et se défont… » Ah ! Que le couple est complexe, perturbant, ténébreux, beau et immense. Et pour cause, c’est un sujet tellement croquant, introspectif, touchant le coeur, l’esprit et la chair dans la plus infime des cellules. Il y a donc de quoi écrire et nourrir l’univers d’histoires d’amour jusqu’à la fin de temps.

Les mathématiques démontrent la complexité des liens amoureux : 1 + 1 = 2. Voilà la formule.

1 être + 1 être = 2 êtres. DEUX, voilà la complexité. Deux.

Songez que UN, un être, un seul, est intrinsèquement un monde. Une façon de penser, de ressentir. Un corps qui a ses sens propres qui n’a qu’une seule façon de voir. Une histoire unique. Un être en lui-même, c’est épineux, enchevêtré, impermanent, douloureux, merveilleux, infini… Parfois, en nous-même, chantent en simultané Kanye West et Angela Gheorghiu, une disharmonie asphyxiante. 

Alors à deux, imaginez… le duo…, deux mondes tout à fait différents, c’est la place Jemaa-el-Fna à Marrakech en plein jour de marché ! A deux, deux mondes, deux entités, deux films qui se jouent en même temps. La Grande Vadrouille et Matrix feraient-ils bon ménage ?! Et pourtant, c’est certainement une des plus riche aventure qu’il nous est donné de vivre.

L’amour dont il est question ici, le Grand Amour titrais-je, c’est celui de soi à soi.  Je n’ai que rarement lu ou vu d’oeuvres traitant de l’histoire d’amour avec soi. Peut-être que « L’étranger » d’Albert Camus évoque par sa froideur une sorte de désamour de lui-même. Jean-Paul Sartre « Les mots » semblait ne pas beaucoup s’aimer physiquement du moins. « La promesse de l’aube » de Romain Gary, s’est-il satisfait d’une vie riche de réussites et de rencontres, voulait-il plaire à sa mère ? Et s’est-il plus à lui-même ? L’autobiographie romanesque n’est-elle pas au fond une extrapolation de l’histoire d’amour avec soi ?

Chacun vit aussi une histoire d’amour avec soi car chacun entretient un lien particulier avec soi-même, qui évolue au cours de sa vie. Il me semble que faire la rencontre avec soi est la Plus Grande Rencontre de la vie.

La rencontre avec l’individu unique que je suis,
La rencontre avec mon corps, ce morceau de chair extraordinairement puissant, organisé, cherchant sans cesse la survie et l’équilibre en tout,
Ce corps rentre t-il dans les codes de séductions ? Et si ce n’est pas le cas, je fais quoi ?
La vie avec mes émotions et mes sentiments qui envahissent mon territoire sans que je le décide parfois, composé à la fois de thèmes « plaisirs » et d’autres tout aussi tragiquement désagréablement peureux et malheureux,
Mes pensées de l’ordre de 80000 par jour soit 29 200 000 par année ! Et que fais-je de ces millions de pensées qui, telles des courant électriques, glissent le long d’immenses centre neuronaux ? Sont-elles créatrices pour moi ou … contre moi ?

La rencontre avec moi est une étape capitale, mon histoire d’amour est celle qui me suivra toute ma vie. Avec une particularité bien spécifique à l’histoire d’amour : je ne peux pas me quitter ! Alors si je dois vivre toute la vie avec moi, autant apprendre à me connaître et à m’aimer, qu’en pensez-vous ?

Et pour démarrer le roman d’amour avec soi, voici la mienne d’histoire d’amour avec moi …

Moi & Moi
Entre désenchantement, désespoir et amour

« Oh ! Quelle est mignonne ! » avec ses joues rosies et rondelettes, ses grands yeux et ses frisettes, voici ce que j’entendais quand j’étais petite. C’était chouette, juste en me voyant, je donnais le sourire aux autres. C’était plutôt bien. Plaire, j’ai appris à plaire. Et déplaire m’est très vite devenu désagréable, inimaginable aussi…
Dans les yeux de mon père, j’étais la plus belle et la plus gentille petite fille du monde. Dans les yeux de ma mère, j’étais plusieurs : ma mère englobait toujours mon frère, ma soeur et moi. « Vous, mes enfants, eux » disait-elle. Mais jamais je ne l’ai entendu dire « Je t’aime toi ». Il m’aura fallu du temps pour comprendre qu’à l’intérieur de moi, je suis seule.

Vers 10 ans, j’ai eu une révélation ou plutôt une drôle de sensation : celle « d’habiter » un corps. Je trouvais cela étrange. J’avais l’impression d’être coincée, comme à l’étroit dans quelque chose de trop serré pour moi. J’avais un « moi » comme un genre de truc invisible qui me faisait sentir que je suis moi et pas quelqu’un d’autre, un moi que je devais reconnaître aussi à travers un corps physique. Bouh le boulot !
J’ai eu peine à accepter que mon corps est ça (petit, fille, frisé etc.) et qu’il ne serait pas autrement. J’ai petit à petit composé avec. Mais je rêvais de grandes jambes. Et je me suis mise à détester les deux miennes.

A l’adolescence, ce corps se pourvoyant de drôles d’attributs – poils, seins, règles et un déferlement d’hormones qui me faisaient passer par des états émotionnels hyperboliques telle les montages russes – je suis passée d’une acceptation de moi à un désamour total voire même d’une détestation. Dans les cours de Lycée, les autres sont un miroir de soi cruel, « gros cul de nain » m’avait-on affublé de ce surnom grandiloquent, un magistral jeu de mot avec mon patronyme. Des ressorts plutôt poétiques. La honte a fait son apparition.
« On ne naît pas femme, on le devient » disait Simone de Beauvoir, cela s’est bien appliqué à moi. Devenir une femme me semblait un col infranchissable dans ce monde d’hommes. Et j’aurais tellement voulu être un garçon, ça me semblait beaucoup plus facile. « ça devait être bien de faire pipi debout » pensais-je.
Là, mon histoire d’amour avec moi était plutôt une histoire de rejet. 

Puis, petit à petit, j’ai appris à vivre avec l’étrangère que j’étais pour moi. Je n’ai pas aimé certain de ses aspects, comme la terrible mauvaise gestion de cette hyper-sensibilité qui me ruinait mon quotidien en lien avec les autres et me gênait même dans mes activités. Je ne pouvais pas rester dans un job très longtemps, je m’ennuyais très vite. Je ne supportais pas les endroits bondés, vivant à Paris, c’était bien handicapant. Je me couchais tard, je m’étais mise à fumer et à boire régulièrement, comme pour m’abîmer, ça permettait d’oublier que je ne me plaisais pas et que, avant même de tenter un quelconque mariage avec moi, j’avais déjà divorcé.

Pff ! Toutes ces voix en moi qui parlaient en même temps, qui hurlaient « Au secours », qui ne sont pas contentes, qui ont peur, ne se sentent pas en sécurité, d’autres qui sont tristes, d’autres qui ne pensent qu’à s’amuser et rire. Tout ce petit monde incapable de s’entendre, je trouvais très difficile d’être moi. Juste moi. Je voyageais, je déménageais, pensant échapper à moi-même mais le problème c’est qu’à chaque fois je m’emmenais dans mes cartons et chaque fois que j’en ouvrais un, je me retrouvais ! Je me serais bien mise à la porte, mais je n’ai jamais réussi !

Jusqu’à ce que je chemine et commence à comprendre que, peut-être, mes problèmes de vie venaient beaucoup de cette infructueuse collaboration entre moi et moi. Ma sensibilité pouvait devenir une ressource voire même un talent que j’ai d’ailleurs utilisé dans les arts, le théâtre notamment puis la thérapie. Mon corps me rendait bien des services – plaisirs, mouvements, équilibres – j’avais envie de commencer à le trouver fortement indispensable et donc à peut-être un tantinet lui raconter plutôt que de sévères critiques, lui dire de beaux mots. Et donc d’un fragile accueil de moi-même, j’ai finalement fait la connaissance de cette étrangère qui partageait ma vie, mon quotidien, mes pensées, mes ressentis et même mon lit.

Ensemble, nous avons décidé de faire la paix.

Nous avons fait appel à des médiateurs (thérapeutes, coachs etc.) pour tenter de nous rabibocher, les conflits étaient terribles. A un moment, le dialogue était même rompu. J’étais dans un corps et mon esprit était ailleurs. Petit à petit, nous avons commencé à retrouver un semblant de communication, même à trouver une relation qui n’avait sans doute jamais existée : j’ai fait la connaissance avec moi. Nous sommes alors passées d’une doucette colocation à un début de chatoyante et agréable harmonie.

Pour ce qui est de mon corps, il n’est plus à la merci de mes critiques mais entend ma voix douce « je prends soin de toi ». Il semble très content que je le nourrisse bien, qu’il dorme suffisamment. Je lui reproche toujours un peu de vouloir trop dormir (ok) et trop manger (mouaif). Je lui donne des nourritures intellectuelles. Oh ça il n’en manque pas ! Il a tendance à me dire « stop » parfois. Peut-être manque-t-il de source d’activité loisir, il m’a soufflé dernièrement de faire de la poterie ou de la peinture, il aimerait éviter d’avoir à penser, juste ressentir. Je le comprends et je lui ai promis de trouver une activité qui nous plairait à toutes les deux.

Finalement, moi et moi envisageons de nous marier bientôt. J’en suis émue. Car ce beau mariage est le fruit de 47 ans d’amour, de rage, de conflits, de fuites, d’oublis, de moments perdus, d’égarements et de retrouvailles. Une belle et formidable histoire d’amour !
Et je me promets de toujours m’aimer et me respecter à chaque moment de ma vie dans le pire comme dans le meilleur. Mes « Je » se marièrent et furent heureux jusqu’à la fin des temps.
 » Happy beginning …

 

 

Et votre histoire d’amour à vous, elle est comment ? 

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Et si vous viviez le Grand Amour… avec VOUS !

 

Par |2019-07-17T15:48:35+00:00mai 29th, 2019|Blog|Commentaires fermés sur Êtes-vous prêt-e à vivre le grand Amour ?