Comment vivez-vous les changements ?

Je me suis demandée ce que cette période d’épidémie, de confinement et déconfinement, changements sociaux et gestes du quotidien etc., nous avait demandé à tous et toutes et j’y ai trouvé  une nécessité commune : l’adaptation au changement.  Pour moi qui ai changé 4 ou 5 fois de métiers, repris des études 4 fois, déménagé 20 fois, créé plusieurs entreprises, le changement et l’adaptation sont des thématiques qui me passionnent.

Il me semble que prendre conscience de la notion d’impermanence et des évolutions qui sont les nôtres au cours de sa vie est un premier pas intéressant, pourquoi pas essentiel dans notre cheminement. C’est ce que propose les lignes qui suivent. Je propose aussi des questionnements pour observer vos propres réactions face aux changements.
Dans un autre article, j’étudierai les typologies du changement et enfin comment initier son propre changement et défier les obstacles possibles.

Comme un volcan soudainement en éruption,
le changement surgit et demande une réaction : l’adaptation.

La diversité des réactions

La pandémie a cette particularité qu’elle est vécue par tous. Nous pouvons ainsi constater la multiplicité des réactions. J’ai fait une petite liste, tout à fait subjective, à titre indicatif :

déni « Oh une simple grippe », déni cynique « N’importe quoi ces gens qui paniquent » « Le masque, c’est ridicule ! » et théorisation complotistes « C’est le gouvernement qui fait exprès de faire peur »,
– stupeur, immobilisme, incompréhension « Je reste chez moi »- dédramatisation « Oh, c’est passager et puis je ne suis pas une personne à risque » et dramatisation « ça va être le chao ».
réveil de peurs existentielles mort, isolement, abandon.  (Menant à des comportements instinctuels égocentrés) « Vite, courrons acheter du papier toilette » et paradoxaux comme la ruée dans les supermarchés au même moment alors même que ce qui est à éviter, c’est la foule.
marchandage, recherche de coupables, colère, sentiment d’injustice « C’est la faute de la Chine, des gouvernements, de Charlemagne, de  la Reine d’Angleterre etc. » = externalisation de ses propres ressentis, déresponsabilisation, immaturité émotionnelle.
pragmatisme, positivisme de façade ou réel , remise en question de soi « J’en profite pour me recentrer sur moi », « C’est l’occasion peut-être de mieux s’aimer ».
phases de « dépressivité » (non pas dépression) = diverses émotions anciennes qui s’invitent par mémoire aux actuelles et parfois s’entrechoquent = positivement vécues et sublimées ou pas, phobies (Claustrophobies, hypocondrie).
sur-information « Recherche de toutes les données sur le virus » désinformation « J’évite les médias, c’est angoissant »
recherche de sens  généraliste « C’est la nature qui se venge » « Il est tant que les humains cessent de maltraités les animaux » etc. et intimes « Je travaillais trop, je me suis demandé.e pourquoi ».

Autant d’humain, autant de réactions différentes

Chaque individu a ses « classiques », je veux dire, ses habituelles réactions (Joie, peur, sens du challenge, fluidité d’adaptation, agressivité …) et a aussi sa palette de réactions, parfois inattendues, surprenantes, liée à la contextualité des situations.

Cette diversité de réactions s’explique. Elle est liée, entre autre, à la singularité humaine et aux processus internes instinctifs, psychiques et émotionnels complexes qui se jouent en chaque être.

La vie est évolution et impermanence

La vie est intrinsèquement évolutions : naissance – développement – mort, de la dépendance du bébé à son autonomisation en adulte. Nous sommes également au cours de la vie confronté.es à de nombreux facteurs inconnus (Maladie, accidents, événements climatiques, crises économiques etc.). Comme tout le Vivant – végétal, animal – si la vie est changement, en tout état de cause, Mère Nature nous a doté de capacités d’adaptation.
Les arbres n’ont-ils pas cette réaction de fabriquer des substances répulsives pour effrayer certains animaux trop friands de leurs feuilles ?

L’humain a tout une batterie d’extraordinaires réflexes adaptatifs corporels et psychiques pour vivre les changements (Température, manque d’eau, de nourriture, maladie, saisons etc.). Seulement, voilà, l’être pensant qu’il est, brouille les pistes par une perception caractérisée de sa réalité. Ainsi, l’adaptation au changement n’est pas seulement un réflexe adaptatif éphémère, il devient un événement important, un challenge, une réflexion métaphysique, émotionnelle, psychique et une histoire.

Que se passe t-il en soi ?

Qu’il soit douloureux ou joyeux (Belles rencontres, poste de travail idéal, naissance, maison parfaite, rentrée d’argent etc.), qu’il soit subi ou choisi, le changement demande toujours une (plus ou moins intense) réadaptation de soi, de son corps, de ses pensées, de manière générale je parlerais d’une mutation de son « contenu intérieur ».

L’adaptation survient à deux niveaux, le mental et la réalité concrète :

1. Le psyché : le cadre de référence interne

C’est d’abord notre état mental cognitif qui est en jeu dans le cadre de changement. Notre « contenu interne » (comme je l’appelle, on peut aussi parler de représentation en psychologie ou cadre de référence en PNL) est constitué de bases d’informations qui structure notre corps, notre identité psychique et sociale, créé de la cohérence, donne du sens à ce que notre environnement nous propose et à nos expériences de vie. Notre contenu interne comprend aussi nos croyances (limitantes ou aidantes) sur lesquelles reposent nos choix et actions.

NB : Un point important : rappelons-nous que la représentation du monde est une création intime, tout à fait singulière. Chacun pense et vit son expérience du vivant selon son propre prisme. Et personne ne peut faire l’expérience de la réalité de l’autre. En quelque sorte, nous nous créons le film dans lequel nous jouons. (A ce propos, je conseille la conférence de Lionel Naccache, neuroscientifique L’adaptation du cerveau au changement et à l’innovation).

Pour la thématique du sujet du jour, l’adaptation, c’est un point important car c’est aussi la façon dont nous interprétons l’événement qui survient et imaginons ses conséquences dont dépend l’adaptation fluide ou résistante.

Ainsi, dès qu’un changement survient, ce « contenu interne référent » est amené à bouger ou se doit de bouger. Les repères ne sont plus les mêmes. Une adaptation, un ré-équilibrage des paradigmes se mettent en oeuvre.

Le cerveau : un scénariste très doué

La représentation que Sophie se fait de son monde est celle où elle vit nécessairement en couple. Si son conjoint la quitte, elle vivra seule (du moins pour un temps). Ce changement lui demande de modifier son cadre de référence, en formulant une nouvelle représentation et/ou en élargissement sa représentation : « Dans mon monde, je vis en couple et aussi parfois célibataire ».

Notre cerveau a des capacités d’adaptation, on parle de neuro-plasticité. Il fabrique des chemins neuronaux nouveaux permettant de créer une nouvelle réalité.

De cette capacité de souplesse du cadre de ces propres représentations va dépendre la fluidité ou la résistance à l’adaptation. 

2. Le cadre de vie en mouvement 

S’en suis la nécessité d’une nouveauté pragmatique et concrète, qui touche le quotidien, l’organisation, les habitudes, les rituels, et par là l’affect.

Dans le cas de la séparation de Sophie, c’est en effet une adaptation à une vie nouvelle et inconnue hors du champ du couple. Partage du lit, activités loisirs, vacances, liens familiaux et sociaux s’en trouvent modifier.

Dans le cas d’une personne célibataire décidant de vivre en couple, les enjeux adaptatifs ont également lieu. Qu’il soit agréable ou désagréable, le changement demande une évolution des représentations et du cadre de vie.

Quand ça résiste

« Notre contenu interne » résiste à la nouvelle réalité quand il ne trouve pas de cohérence, de sens, quand les croyances internes s’opposent à cette nouvelle réalité. Il résiste aussi quand il crée des représentations du futur en scénarios catastrophes. C’est là que le mal-être physique ou psychologique peut avoir lieu.

Pour reprendre le cas de Sophie : si son éducation familiale a induit des injonctions telles qu’une femme se doit d’être en couple, lorsque son mari demande le divorce, c’est non seulement sa représentation interne qui s’effondre mais aussi la loyauté envers la famille. Elle ne potentialise alors des futurs de « femme célibataire » que sous l’angle tragique.

Peurs, inacceptation, opposition, combat, perte de sens et… mal-être

Même quand le changement est choisi, il se peut tout de même que ces représentations entre réalité actuelle et nouvelle réalité s’opposent ou divergent.

Arnaud veut changer de travail. Il opère un changement choisi. Il recherche activement. Il trouve un emploi tout à fait adéquat et s’en réjouit. Au moment de signer son contrat, il est très angoissé, les mains moites, et peinent à s’exprimer. « Je n’aime pas le changement », me dit-il en séance. « Tous les changements ? » demandais-je. En cheminant, il s’avère qu’Arnaud avait travaillé 17 ans chez son ancien employeur auquel il était très reconnaissant et avec qui il entretenait une relation de confiance. Dans sa représentation intime, on ne quitte pas une personne qui vous a apporté beaucoup. En modifiant cette perception, il s’est affranchi et a pris son nouveau poste avec sérénité.

Les systèmes défensifs

L’absence de cohérence identifiée (et non pas réelle) entre la réalité intime et la nouvelle réalité externe proposée va générer des systèmes de défenses. Ils sont tout aussi diverses et variés, comme vu plus haut dans le cas de la pandémie : inaction, procrastination, déni, peur sidérante, agressivité etc.

Dans le cas de Sophie, ses réactions ont été fortes. Elle s’est opposée au divorce de façon véhémente en accusant son ex-compagnon de forfait qu’il n’avait pas commis, les emmenant vers un long procès délétère pour lui comme pour elle. En comprenant la puissance des injonctions familiales, en s’ouvrant à une nouvelle perspective interne « femme seule est légitime et aussi joyeux », Sophie a cessé le combat. La colère tournée contre autrui est souvent la mise en évidence de ses propres paradoxes et conflits internes non résolus. Elle a ensuite appris à apprivoiser en pensée (en représentation interne) et dans son quotidien, sa vie de célibataire, créant de nouvelles habitudes et rituels.

Nos systèmes défensifs sont très puissants parce qu’ils touchent à la part de l’humain la plus instinctuelle, celle de la survie. La zone amygdalienne du cerveau (organe de « l’alarme émotionnelle dont la peur) est très puissante. Elle l’est d’autant plus qu’elle s’active bien avant la prise de conscience et la maîtrise de nos ressentis et réactions, générant ainsi des sur-réactions émotionnelles et actions illogiques parfois.

Nous ajoutons à notre réactions instinctives une dose de culpabilité ou de honte qui ne font qu’ajouter un malaise et une baisse d’estime de soi. « Je ne sais pas pourquoi j’ai réagi comme ça ! ». Culpabilité et honte agissent ici comme les garantes des règles de conduite. Seulement parfois, nos règles de conduite sont aussi sujettes à nos interprétations personnelles et injonctions parentales et sociétales. Des « il faut » « tu dois » enfermant qui pourraient être remis à jour également.

De même, lorsque nous jugeons autrui « T’as vu ce qu’il/elle a fait, c’est stupide ! » (Je n’évoque pas ici tueurs, actes de barbarie). En réalité, les chemins qui ont conduit à une réaction spécifique dite « insensée » prennent leur source dans le passé et sont les conséquences de multiples facteurs complexes internes et externes. Ne pas comprendre une réaction adaptative de quelqu’un ne signifie pas que cette dernière est stupide, elle échappe à notre entendement (et peut-être au sien aussi).

Nos comportements adaptatifs sont parfois étranges
ils évoquent alors  possiblement des réactions réflexes de survie

L’adaptation : une capacité qui s’apprend

Heureusement, nous ne sommes pas dans l’obligation de laisser nos systèmes défensifs envahir nos pensées et actions chaque fois qu’un changement survient. Plus nous prenons conscience des possibles changements, plus nous nous y préparons.
L’idée n’est pas de rester terré.e chez soi ni d’aller sauter en parachute sans préparation, mais plutôt de connaître ses propres capacités d’adaptations, d’en constater et accepter aussi les limites et de s’amuser à les vivre, les améliorer à son rythme.

Savoir que le changement peut survenir à chaque instant, tout en ayant confiance que je sais passer les transitions, faire évoluer mes contenus internes en conséquence et adapter mon quotidien permet de vivre les mutations avec plus d’assurance.

Et si nous apprenions à développer notre capacité d’adaptation à la nouveauté ?

Et vous, quelles sont vos réactions face au changement ?

C’est l’occasion ici de prendre la mesure de vos capacités d’adaptation, vos façons de réagir et vous observer de manière factuelle. Vous pourrez ainsi faire ressortir de grandes lignes de positionnement face aux changements et voir ce qui peut ou non être amélioré, modifié, développé. L’idée est de rester sincère avec soi, bienveillant.e et factuel.le.

Le temps de s’interroger sur soi

** Quelles ont été vos réactions – pensées, attitudes – au regard de la pandémie de Covid19 ? Du confinement partiel ou total  et des contraintes de sorties ? (Selon votre pays, vos contraintes professionnelles etc.).

Pensez juste au MOT « changer ». Je change. Je suis contraint.e à changer, m’adapter…

** Quelles sont mes propres ressentis au  mot « changement » de manière générale ?
** Mes réactions mentales : comment je pense le changement ? Ami ou ennemi ?
** Mes réactions émotionnelles  : est-ce que je suis perturbé.e, content.e, réactif.ve, passif.ve, enjoué.e, effrayé.e ?
** Mes réactions physiques : tendance à la somatisation, à la fatigue ou actif.ve, avec une tendance à la sur-action ?

** La dernière fois qu’un changement dans mon travail m’a été imposé, quelles ont été mes premières réactions ? (Satisfaction, colère, injustice, refus, accueil etc.)

Est-ce que je suis habituellement « créateur/créatrice » de mes changements de vie ou je les ai plutôt subis ?

Vous aurez déjà une tendance qui se dégage (voir les types de réactions plus haut) :
– bonnes capacités d’adaptation, souplesse d’esprit et d’attitude
– peureux.se, craintif.ve, rétif.ve
– Peureux.se d’abord et adaptatif.ve ensuite
– Évitement, déni ou colère

Oû se situe le besoin d’aide, d’amélioration ?

Dans la suite du dossier, nous verrons la typologie de changements dans nos vies de façon générale et ensuite des outils pour se préparer et bien (ou mieux) s’adapter.

Bonne adaptation !

Et pour être accompagné.e dans vos changements de vie, l’école du soi est là 
bienvenue(a)ecoledusoi.com

Par |2020-09-03T16:49:59+00:00août 21st, 2020|Blog|Commentaires fermés sur Comment vivez-vous les changements ?