De manière générale, nous cherchons la sécurité, le confort de l’habitude plutôt que le changement. Il s’agit d’une réponse primaire archaïque à un besoin de survie, nécessaire à l’évolution. Le hic, c’est que nous sommes moins « formé.es » à l’adaptation que nos ancêtres confrontés sans cesse aux aléas naturels. Ainsi, notre cerveau met en place des parades pour éviter d’avoir à vivre et se confronter aux changements. Oups ! Pas vraiment productif en cas de coup dur !

Ce modus operandi a pour conséquence, nous l’avons vu dans le second volet, le déni de réalité du changement, barrant la route aux possibilités d’adaptation (Lire article Pour quelles raisons les changements nous perturbent-ils ?). Ici, voyons un autre point qui bouleverse et freine l’adaptation aux changements : une mesure inadéquate des conséquences du changement.

Un tour de passe-passe du cerveau

Les changements :
– génèrent des émotions et sensations désagréables (Colère, tristesse, peur, honte etc.),
– demande une adaptation et une remise en cause de soi, ses habitudes, sa façon de penser etc.
= éveil de la peur et des angoisses.

L’inconscient tente de trouver les meilleurs solutions, parfois il se trompe

Pour éviter de vivre l’angoisse, nous mettons en place des évitements : évitement total ou évitement « en cascade ».

Evitement total : agir comme si le changement n’avait pas eu lieu ou n’aura pas lieu.
Evitement en cascade : le cerveau range le dossier grave sous la pile et trouve de quoi se donner « du fil à retordre » en focussant son attention sur un dossier « léger » (perçu comme « grave »). Il se donne ainsi l’impression d’être actif, d’être utile pour trouver des solutions ou encore des raisons de se plaindre.

Les changements sont parfois vécus au même degré. Le discernement ne fait plus son travail de tri et de mesure des conséquences. L’esprit priorise mal les faits dans leur ordre d’importance (pour soi ou les autres). Parfois le cerveau mouline tel un turbo et c’est la surchauffe ! = épuisement moral et physique car il cherche, cherche, retourne le problème dans tous les sens mais il ne cherche pas au bon endroit ! Un peu comme une personne qui cherche ses lunettes qu’elle a sur le nez.

Un mauvais classement des dossiers « changement » mène à la fatigue

L’épidémie de covid opère plusieurs changements dans la vie de Yves : il devra travailler à la maison, son épouse étant infirmière, surmenée et fatiguée, est moins présente à la maison, Yves a une charge de travail supplémentaire (qu’il ne fait pas habituellement) telle que les courses, le ménage, emmener les enfants à l’école etc. et sa troupe de théâtre ne jouera pas cette année. En séance, ce dont Yves parle en premier et dont il est le plus perturbé, c’est de ne plus jouer au théâtre.

On peut constater chez Yves une désorganisation d’importance des conséquences de ses changements, niant ses propres changements de travail au quotidien, la relation avec son épouse qui se détériore, les enfants irrités. Une perturbation plus légère (théâtre) en cache une autre plus intense (famille).

L’évitement en cascade peut être utile

Sophie, 34 ans, était la reine de l’évitement. Sa phrase favorite « ça va aller » ou encore « C’est pas grave ». Pourtant, Sophie avait vécu des événements douloureux dans sa vie qu’elle avait tu à sa famille. Elle évoquait davantage d’autres difficultés relationnelles ou au travail, moyen d’éviter tout changement profond. Il a fallu plusieurs mois d’accompagnement pour que sa profonde souffrance soit exprimée.

Ne pas se confronter au changement, « faire comme si » permet aussi de l’appréhender à son rythme, de le laisser venir quand l’esprit est prêt, quand il a assez maturé pour être à même de le traiter. (Ce phénomène a lieu également dans les cas de traumas).

Gilles, 36 ans, Chef d’Entreprise, vient me voir pour améliorer sa confiance en lui lors des conseils d’administration. Après plusieurs mois de suivi, il vient en séance et me dit : « ça y est, j’ai quitté ma femme » et ce fut la dernière séance. Je fus surprise, nous avions quelques fois évoqué son couple, sans en faire l’objet principal des séances. C’était en fait l’objet de sa venue en accompagnement.

Ne pas se confronter au changement désiré n’empêche pas son évolution du moment que l’on opère des changements en soi.
Gilles n’a pas eu besoin de déclarer « je veux divorcer » pour le faire. En se reconnectant à ses propres sentiments, il a pris davantage conscience de son inconfort. Il a repris confiance en lui et a mis en route son projet.

De manière générale, il est toutefois plus constructif et sécuritaire de percevoir le changement avec lucidité.

Attention : l’évitement en cascade a de grands inconvénients

  • Des tragédies et accidents

Lorsque l’on se ment à soi sur ce que l’on vit et les changements à opérer, c’est un autre changement souvent plus douloureux qui arrive comme un accident, une maladie, une séparation dans des conditions tragiques etc.

Attendre l’explosion pour opérer un changement ? 

Sébastien ne quitte pas Stéphanie, même s’il est très malheureux avec elle. « J’attends » dit-il. Qu’attend-il ? La peur le tétanise et l’empêche d’agir, il attend une tragédie, un moment de « no-return », un conflit qui lui prouvera que quitter Stéphanie est la bonne décision et lui donner du courage.

Attention à l’espoir ! « ça va s’arranger » « Elle/il peut changer » « Je me fais des idées » « Et finalement je ne suis pas si mal » etc. Oh ! Qu’il peut mener à des situations de statu quo et d’implosion interne ce faux espoir.

Méfiez-vous de l'autruche!

Je fais l’autruche : est-ce bon pour moi ?

  • Clivage interne et faux-moi

Le déni en cascade génère aussi un clivage interne, un faux-moi qui modifie la réalité. Un mal-être psychologique se met en place. Une part de soi est refoulée, ce qui génère frustration, colère, sentiment d’impuissance.

  • La déresponsabilisation

Le déni pousse à la déresponsabilisation. Les conséquences de ses choix, de son vécu sont ainsi remis sur les autres ou la fatalité. C’est perdre ainsi l’estime de soi et la confiance pour agir.

Que faire dans l’idéal face à un changement ?

Se confronter à la situation vécue et aux changements qu’elle demande est plus constructif. La prise de conscience de la situation peut se faire en douceur, à son rythme, certes, et elle permet de constater les faits d’abord et peut-être d’en relativiser la gravité et de trouver des solutions. Cela permet de SE PREPARER et de S’ADAPTER. Rappelons que les changements, même douloureux, sont souvent l’occasion de découvrir ses ressources, de faire preuve de créativité, de s’entre-aider, de se challenger et in fine de grandir.

« La vie est mouvement, elle est changement, elle est croissance.
Le changement est permanent te transformant en un nouvel être » Eileen Caddy, auteure.

Typologie des changements

Pour faciliter le discernement face aux changements, j’ai établi une typologie – une liste non exhaustive – classée de façon à en mesurer la portée.

La question aidante sous-jacente :
« Que suis-je en train de vivre ? »

Changements subis et choisis

La différence entre changements subis et choisis est subtile et pourrait porter à débat. Je pense cependant que c’est une notion dont il est important de tenir compte car l’évènement se vit différemment. Est-ce moi qui ai orienté mon chemin pour en arriver là ? Ou est-ce un état naturel du vivant ?
Je pense toutefois que nous avons beaucoup plus de possibilités de guider notre vie que nous le pensons.

  • Changements subis

– naissance, enfance, adolescence, adulte, vieillissement, mort (les étapes de vie),
– décès, séparation, maladie, accidents,
– vol, viol, trahison, déceptions etc.
– catastrophes naturelles,
– licenciement de masse, modifications internes en entreprise, nouveaux collègues, départ de collègues etc.
– pertes financières, matérielles,
– transports (voiture, train, avion etc.) en retard, en panne, dysfonctionnels
– naissance non désirée, déplacements géographiques obligatoires, tomber amoureux etc.
Lutter contre ces états de fait est vain et dépense d’énergie inutile. Ils sont à accepter. Ensuite, à appréhender avec philosophie. Chacun est libre de vivre l’évènement comme il l’entend. De la façon dont les changements subis sont vécus, dépend beaucoup le bonheur.

  • Changements choisis

– rencontres amicales, amoureuses, professionnelles etc.,
– apprentissages de nouveaux savoirs et savoir-faire,
– voyages, lectures, films,
– réalisations de projets (Créations d’entreprise, association, nouvelle carrière…),
– naissance désirée
– gains financiers
– l’accompagnement coaching, la thérapie sont changements ou plutôt demandent des changements internes (De vision, de perceptions de la situation, de sentiments etc.). En général, il est choisi. Cependant, l’esprit peut émettre des résistances à évoluer et avoir le sentiment de subir.

Prendre conscience du choix de changement, c’est prendre la responsabilité de ses actes et de fait en assumer aussi les conséquences. Cela évite toute forme de honte et de culpabilité (souvent présentes dans nos choix et actes).

La maxime de Marc Aurèle prend toute son ampleur ici :
« Donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux pas changer,
le courage de changer celles que je peux changer
et la sagesse de distinguer les premières des secondes. »

 

Un Nota Bene sur la subtilité fine entre « subi » et « choisi » dans le cas « tomber amoureux.se ». En effet, tomber amoureux est un fait inattendu dont certaines causes sont inexpliquées. En revanche, une fois la flèche de Cupidon reçue, chacun est libre d’en faire ce qu’il/elle souhaite.
Beaucoup de problèmes de couple sont liés à l’ignorance de ce choix possible, comme si l’attirance pour une autre personne rompait le libre-arbitre et que le sentiment d’attirance (ou physique ou sentimental) se devait absolument d’être vécu (je devrais dire « consommer » ou « consumer ») sans tenir compte de paramètres temporels, de compatibilités, de complexités familiales, géographiques etc. Or, il y a des choix possibles dans les rencontres.

L’intensité des conséquences

– Changements « dramatiques » = intensités émotionnelles, perturbations de vie totale ou partielle (Mort d’un proche, maladie incurable, abus sexuel etc.)
– Changements « critiques » = situation qui demande une ré-évaluation globale ou partielle de son cadre de vie, intensité émotionnelle plus ou moins grande (Licenciement, séparation de couple, enfant qui quitte le foyer, retraite, nouveaux projets, conflit ou résolution de conflit etc.),
– Changements « imprévus » : une réalité différente de l’attente, déceptive ou heureuse (Pannes de matériel, pose de lapin lors d’un rencart, maison de vacances à côté d’un aéroport, mauvaise soirée qui s’avère une belle soirée, offre de dernière minute en première classe, somme d’argent non prévue etc.),
– changements « légers » = peu de conséquences à long terme, intensité émotionnelle possible qui retombe rapidement (Une non réponse à un sms, modifications d’habitudes, d’adresse, de lieux, perte d’objet etc.)

La prise de conscience de l’intensité des conséquences permet souvent de baisser le niveau de stress. Les personnes plutôt heureuses opère cette distinction très rapidement.

Vision positif / négatif  = à bannir

Percevoir la vie et son impermanence de façon binaire est une vision réductrice et faussée de la réalité. Cette vision a pour conséquence d’être seulement heureux.se lorsque les évènements vécus sont étiquetés « positifs » et donc malheureux.se lorsqu’ils sont étiquetés « négatifs ». Or, la Vie avec un grand V, c’est maintenant, avec tout ce qui est ressenti, vécu, même si c’est désagréable.

La vie est bien plus qu’un O et un 1,
l’appréhender dans sa complexité élargit la conscience

  • Un évènement vécu positivement peut s’avérer avoir des conséquences fâcheuses
    Christophe, 36 ans, tombe amoureux de Tania au premier regard. Son corps est rempli de joie, d’émoi et de sensations agréables. En soi, l’évènement serait étiqueté positif dans l’inconscient collectif. Or, Christophe est marié, a deux enfants en bas âge. Cette rencontre a pour conséquence une grande perturbation intérieure et des choix difficiles à faire.
  •  Un évènement vécu négativement peut s’avérer avoir des conséquences positives
    Léa est licenciée. 15 ans d’ancienneté, Léa est en colère, elle ne comprend pas pourquoi elle. Elle n’avait jamais pensé que ça lui arriverait (= déni de réalité du changement). Elle est perturbée d’être sur le marché du travail, de devoir préparer un CV, passer des entretiens… Et puis passé l’étape du débordement émotionnel et de l’indispensable acceptation, Léa a vu sous un autre angle la situation réalisant qu’elle voulait changer d’entreprise depuis longtemps mais qu’elle avait peur (= déni émotionnel), se racontant l’histoire que tout était parfait ainsi. Léa a retrouvé un travail quelques mois après où elle se sent beaucoup mieux. Elle en a même profité pour faire une formation et obtenir une promotion.

Changements agréables et désagréables

Préférons la mesure du changement à son ressenti agréable ou désagréable. Il sera plus aisé à appréhender avec la mesure plaisir/joie ou mal-être/déception. Apprendre à traverser le fleuve du malaise fait partie des joies de la vie 🙂 ! Et rappelons que le mal-être est éphémère et source de choix, d’opportunités aussi.

Les questions aidantes :
quels sont mes ressentis devant ce changement ?
qu’est-ce que ce changement me demande de faire (qui est nouveau, même si ça me fout la trouille) ?
quelles ressources dois-je utiliser ou développer ?

Enfin…

Avoir conscience des changements, savoir les comprendre, les classer permet de mieux les vivre et s’y adapter. Cela permet aussi de devenir l’actrice et l’acteur de sa propre vie. Ce que nous verrons dans un prochain volet.

Pour mieux vivre les changements,
une des clés est d’être à l’origine de son propre changement.

Cela évoque un certain Monsieur…

Bonne adaptation à vous !

Pour accompagner vos changements : bienvenue(a)ecoledusoi.com