L’arrivée de l’été, la soudaine chaleur, les orages m’ont donné tout à coup le besoin de ralentir le rythme dans mon quotidien. De prendre plus de temps pour observer autour de moi, les oiseaux, les variations de bleues du ciel, mon chat qui se prélasse sous les arbres, pour sentir l’herbe et la terre mouillée, pour entendre l’atmosphère avant l’orage gonflée de tension électrique et la sérénité qui s’en suit après lui et percevoir comment mes cellules réagissaient. Ce ralentissement ou conscientisation augmentée du présent m’a permis de sentir mon coeur briller et se dilater lorsque je suis en contact avec ma soeur, mon frère, ma mère, êtres que je chéris au plus haut point.

Le son de la rivière, l’énergie du sous-bois : apaisement

La lenteur : un temps pour intégrer

Mon corps a besoin de cette lenteur pour ingérer, assimiler, s’équilibrer à chaque instant.

Mon cerveau a besoin de cette lenteur pour intégrer les milliers de données de la journée.

Mon coeur a besoin de cette lenteur pour vivre les émotions et les sentiments que les rencontres, les échanges évoquent en moi.

Mon énergie vitale a besoin de cette lenteur pour s’ancrer, s’harmoniser avec l’environnement que je lui propose à chaque instant.

La graine a besoin de temps pour devenir fleur

Le moment présent

Je me suis laissée à penser que je pourrais me nourrir indéfiniment de cette lenteur qui peut s’apparenter au fameux Instant Présent, cher à Eckhart Tollé, auteur entre autre du livre « Le pouvoir du moment présent », que j’ai lu il y a longtemps avec la conscience qu’il me faudrait un long, long très long chemin pour entrevoir ce dont Monsieur Tollé parle. Désormais, m’éloigner de cet Instant Présent me fait l’effet de m’éloigner de moi, de me perdre dans des circonvolutions mentales, des insignifiances et de passer à côté de l’Essentiel : vibrer, ressentir, expérimenter la Vie dans sa largesse.

« L’accélération du monde est la seule extase du monde moderne » nous dit Milan Kundera

J’aime bien cette citation. C’est vrai qu’aller vite en sport, en voiture, au travail, en ambition, en amour, en sexe, c’est excitant, c’est grisant. 3G, 4G, 5G… 200G, vite, vite, toujours plus vite… Le format d’émissions des médias, un exemple d’extase, se rétrécie, les images au cinéma plus nombreuses par minutes, les transports toujours plus performants, en personne extra-sensible, cette accélération me donne le tournis !

Elle est cause aussi de désordres physiques (Maladies cardio-vasculaires, stress oxydatif, douleurs chroniques…) et mal-êtres psychiques. Quand c’est trop, c’est trop. Le corps le dit très clairement mais l’écoute-vous ?

Un homme d’affaires, venu du bureau, entre dans mon cabinet avec son beau costume comme s’il rentrait en réunion de travail au cours de laquelle il faut vite trouver des solutions, vite faire des graphiques, vite établir des prospectives, et surtout vite ne pas s’écouter, je me suis sentie absorbée par cette vague d’accélération rythmique. Oups ! Et si le train s’arrêtait en gare ?

Pressez le bouton « pause » de temps en temps

Je lui ai alors proposé de se départir de sa cote de travail, veste, cravate, chaussures, de fermer les yeux, de poser sa main sur son coeur et de l’écouter tout en inspirant et respirant avec emphase. 5 minutes. 5 petites minutes. « On devrait faire cela plus souvent » me dit-il en ré-ouvrant les yeux. Son rythme interne avait ralenti, il était là, nous étions alors en lien et nous pouvions alors débuter la séance en Présence. Et surtout, l’effet respiration, silence, ralentissement temporel permet de se syntoniser avec soi : de s’aligner avec ses sentiments et émotions.

Se syntoniser : s’harmoniser avec soi et autrui

Débuter les réunions en se syntonisant pour s’aligner avec l’autre ? Utopique et même drôle à imaginer mais permettons-nous d’imaginer… N+1 et son Hugo boss, tenant la main du N+2 qui tient la main de la directrice financière qui tient la main de… fermant les yeux, pratiquant une respiration cohérence cardiaque en musique relaxante… (Dans mon tableau imaginaire, je les ai fait se tenir la main pour plus de fun :). Et enfin apaisé.es, les bio-rythmes harmonisés, la sensation de l’ici et maintenant (et pas du « tout à l’heure ») permettraient des discussions plus authentiques, des écoutes plus actives et profondes.

On peut se syntoniser par différentes actions : un silence, des regards, l’éveil des sens, observation etc., toute action qui modifie le rythme interne, invite à dévier son attention et de la poser sur quelque chose d’apaisant. C’est pourquoi la main sur le coeur est un bon outil pour se reconnecter avec soi.

 

Ensemble, dans la même harmonie, crée un bien-être

Sur la plan physiologique, la syntonisation permet aux neurones miroirs de prendre contact avec celles des participants pour s’y adapter et aux fréquences du coeur de s’accorder sur des vibrations identiques. La chimie passe d’hormones dites du stress (adrénaline, cortisol) à des hormones aux effets apaisants comme la sérotonine, l’ocytocine (Hormone de l’attachement). Ainsi chacun se nourrit d’un sentiment de sécurité, qui permet à chacun d’être plus authentique et en confiance. Pas mal, hein ?

Ces 5 minutes de syntonisation permettent des échanges fructueux et constructifs.

Et sans le stress, que devient-on ?

Sans esprit combatif, sans stress, on serait moins créatif, moins efficace voire des chiffes molles ? Je dirais que la syntonisation oeuvre à la création d’une énergie de créativité qui englobe le groupe et l’individu, dans l’écoute du coeur, se libérant de l’esprit compétitif pour apporter un esprit communautariste. Moins efficace ?

L’efficacité n’est pas affaire de vitesse et de taux de stress, ne serait-elle affaire d’harmonisation ?

Oh la « gênance » ! comme dirait ma nièce

Mais voilà… Cela serait étrange, gênant de prendre un temps de silence, de mettre le chronomètre sur pause quelques minutes, de synchroniser nos respirations et nos coeurs pour se mettre en lien. Imaginez les membres du G7 se syntoniser ? 🙂 Trump qui aurait tenu la main d’Angela Merkel… 🙂

Oh, cela ne m’étonnerait pas qu’un top coach apporte la syntonisation dans une grande entreprise qui tout à coup en fait « the truc à la mode » et hop ! c’est parti « syntonisons-nous » !

Le process, le process …

C’est assez drôle en entreprise comme les intervenants s’emparent d’actes naturels de bien-être pour les transformer en protocoles et les imposer à tous. On trouve le protocole du « feed-back », du « brainstorming », du civisme…
C’est une conférence de Julia De Funès, philosophe, qui m’a interpelée sur cette réflexion. (Ici conférence L’absurdité en entreprise 2018) « Le process devient le sommet des priorités au détriment du sens de ce qui est entrepris » dit-elle. Mais, s’il faut en passer par là pour voir naître un peu de changements dans les contacts humains, ma foi… « processons » la syntonisation 🙂

Au village des Pruniers près de Bordeau (Villages de méditation du Zen https://plumvillage.org/fr/), quand une cloche sonne, chacun est invité à s’arrêter, cesser toute activité et faire silence. Au début c’est un peu déstabilisant, ensuite, c’est très agréable. Pourquoi pas quelque chose du genre en entreprise ? On souffle, on relâche et possible que l’on reparte sur des bases nouvelles. Ce serait assez étonnant et drôle à tester ! Dreling dreling !!

En attendant un nouveau protocole, chacun peut déjà penser à prendre ce temps-là pour se syntoniser avec soi de temps à autre. Avant le repas, soufflez. Relâchez la pression 1 minute en vous félicitant, regarder par la fenêtre un oiseau s’envoler…

J’ai enregistré un podcast 3 minutes pour se syntoniser à soi, s’il vous intéresse, n’hésitez pas à me le demander (Il n’est pas encore publié sur youtube en cours de création).

Bon ralentissement à vous et bonne syntonisation ! 🙂